Station d'épuration d'Entraygues à Embrun, gérée par l'entreprise Veolia en Délégation de Service public © ram05

Serre-Ponçon : une baisse des tarifs de Veolia pour l’assainissement, accueillie avec prudence par l’association de défense des usagers

Le 9 décembre 2025, la conseil communautaire de Serre-Ponçon a voté la signature d’un avenant au contrat de délégation de service public qui la lie à l’entreprise Veolia pour l’assainissement de huit communes de l’Embrunais, actant une baisse du tarif pratiqué par l’entreprise. Tandis que les élus y voient une victoire sans précédent, l’Association de défense des usagers de l’eau potable et de l’assainissement dans l’Embrunais (ADUEA) accueille la nouvelle avec prudence.

Malgré les efforts répétés de la communauté de communes pour tenter de réviser les prix de l’assainissement, aucun accord n’avait été trouvé jusqu’en décembre 2025. Pour la première fois en quinze ans, la société Veolia a accepté de diminuer les tarifs qu’elle pratique sur les huit communes de la communauté de communes de Serre-Ponçon dont elle a la gestion de l’assainissement. « Nous nous étions engagés à mener des négociations avec Veolia pour obtenir une baisse de prix, sans promettre de chiffre précis tant qu’elles n’étaient pas terminées. Avec le vice-président en charge de l’assainissement et les maires des communes concernées, nous sommes vraiment très heureux », s’est réjouie la présidente de la communauté de communes de Serre-Ponçon Chantal Eymeoud le 9 décembre 2025, quelques minutes avant le vote. La baisse du prix négociée est évaluée par le service assainissement de la collectivité à 12,3 % (36 euros) pour un foyer consommant 120 m3 d’eau par an. Dans le même temps, une augmentation de la part communautaire de la facture a été votée pour financer la création de la nouvelle station d’épuration d’Entraygues en remplacement de l’ancienne et dont le coût est évalué à quinze millions d’euros.

« Pourquoi cela arrive maintenant, au bout de quinze ans de contrat ? »

On aurait pu s’attendre à une satisfaction de l’ADUEA, qui défend les intérêts des usagers. Pourtant, son conseil d’administration accueille la nouvelle avec méfiance. Ses membres se questionnent notamment sur la coïncidence entre cette annonce et les dysfonctionnements révélés par un lanceur d’alerte sur ram05. « On se pose la question : pourquoi cela arrive maintenant, au bout de quinze ans de contrat ? On s’est dit qu’on le devait en partie au travail du lanceur d’alerte et à la médiatisation de son dossier qui pouvait entacher l’image de Veolia ». Interrogés sur un éventuel lien entre ces révélations, l’ouverture d’une enquête par le parquet de Gap et l’aboutissement des négociations, la présidente de la communauté de communes de Serre-Ponçon et le vice-président en charge de l’assainissement Marc Audier assurent que les deux affaires sont distinctes et sans rapport.

« L’ADUEA se pose des questions sur le bien-fondé de ces négociations »

L’ADUEA a toujours plaidé pour l’abandon de la délégation de service public via une dénonciation du contrat. Son argumentaire se fonde notamment sur un audit commandé en 2015 par la collectivité – auquel ram05 a eu accès – et qui avait conclu à propos du contrat que celui-ci était « fortement protecteur des intérêts du délégataire » et intégrait un « taux de financement très élevé au regard
des conditions du marché de l’époque »
. L’association veut savoir combien coûterait le scénario qu’elle défend. « La résiliation [du contrat de délégation de service public] a fait l’objet d’une étude dont nous avons demandé les résultats plusieurs fois sans obtenir de retour. L’ADUEA se pose des questions sur le bien-fondé de ces négociations ».

Une baisse limitée au regard des profits réalisés, selon l’ADUEA

Enfin, l’ADUEA met en perspective la baisse de tarif consenti par Veolia avec l’ensemble des recettes qu’encaissera la société sur les 30 années de contrat. 2,4 millions d’euros de pertes sur les quatorze années restantes contre 24 millions d’euros encaissés pour 7,5 millions d’euros dépensés en travaux concessifs (après déduction des subventions perçues), et dont une partie n’ont pas encore été réalisés à ce jour.