Glissement de terrain de la Bellotte à Embrun : ce qu’il faut savoir, dix ans après les premières alertes
Près de dix ans après la détection du glissement de la Bellotte à Embrun, environ 150 habitations sont impactées. L’inquiétude persiste chez les habitants, tandis que mairie et État assurent que le terrain s’est en partie stabilisé. De plus, une action en justice est en cours envers des assurances.
Dans cette émission « La Vie Publique », ram05 fait le point sur la situation.
« C’est particulièrement éprouvant »
Les premières anomalies ont été repérées en 2016, au sous-sol de l’immeuble des Fauvettes. Deux arrêtés de catastrophe naturelle ont ensuite été publiés, en 2018 et 2020. C’est l’eau présente dans le sol qui alimente le glissement.
Selon Marie-Pierre Michaud, cheffe du service restauration des terrains en montagne (RTM) à l’office national des forêts dans les Hautes-Alpes, le mouvement se situe « entre le ruisseau de la Bellotte à l’est et le torrent du Chaffal à l’ouest. La niche d’arrachement est sous le hameau de Caléyères, et le fond du glissement est au niveau des immeubles des Fauvettes ».
Environ 150 habitations sont impactées, d’après le service RTM, et huit ont été démolies, précise la mairie. En pratique, l’ADéS, l’association de défense des sinistrés, constate « des fissures », « des portes qui ont du mal à se fermer », « des problèmes de canalisations », « des mouvements de terrain sur les terrasses », des chutes de tuiles, des vitres qui « se brisent »… « C’est très concret, et pour ceux qui y vivent, c’est particulièrement éprouvant ».
2,4 millions d’euros de travaux, d’autres à venir
Quatre tranches de travaux ont été réalisées pour contrer le phénomène. C’est le service RTM qui pilote les opérations pour la commune avec, comme stratégie : « enlever l’eau et faire en sorte qu’elle ne s’infiltre pas ». Après des investigations et des interventions d’urgence, les chantiers ont porté notamment sur l’imperméabilisation du ruisseau de la Bellotte et l’étanchéification des réseaux. Coût total : environ 2,4 millions d’euros. Une nouvelle tranche est prévue en 2026 en amont, où « il reste encore de l’eau à capter ».
Les travaux portent-ils leurs fruits ? Pour le savoir, l’État s’appuie sur un réseau de piézomètres, qui suit l’eau dans le sol, et de géocubes, chargés d’enregistrer les déplacements du terrain. Ces données montrent aujourd’hui deux fonctionnements distincts. « En partie aval du glissement, on a peu de réactions de la quantité d’eau », explique Marie-Pierre Michaud. Les géocubes y enregistrent des « mouvements non significatifs ». Conclusion : pour les services de l’État, « le glissement sur sa partie aval est stabilisé ». À l’inverse, « en partie amont, on a encore beaucoup d’eau dans le sol » et « dès qu’il pleut, ça se remet à bouger ».
Un diagnostic contesté par l’ADéS. Sa trésorière, Maryse Lombardi, juge les travaux « a minima », comparables à « un emplâtre sur une jambe de bois », et évoque un « élargissement » du phénomène à « tout le versant urbanisé ».
Le service RTM répond qu’« aucune nouvelle fissure n’a été signalée depuis deux ans », certaines dégradations observées récemment étant selon lui « des anciennes fissures », ou « des bâtiments où les causes ne sont pas forcément le glissement ». Tout en rappelant que certaines maisons en amont restent effectivement fortement impactées.
Faut-il drainer en profondeur ?
Parmi ses demandes, l’ADéS plaide pour le drainage profond afin de stabiliser le glissement, une technique lourde mais selon elle éprouvée. « Il y a plus de chances de stabiliser » avec cette option, estime son président Philippe Navier.
Le service RTM préfère cependant pour l’instant privilégier l’imperméabilisation et les travaux de subsurface : « c’est plus simple d’empêcher l’eau de rentrer dans le terrain que d’aller la chercher quand elle est [dedans] », rappelle Marie-Pierre Michaud. Les drainages profonds sont une possibilité mais « nécessitent énormément d’entretien » et peuvent avoir « des conséquences sur les bâtis ».
Avec les assurances, c’est « une bataille »
En parallèle de ces débats techniques, de nombreux sinistrés sont engagés dans un contentieux judiciaire avec leurs assurances. L’ADéS en accompagne certains, constituant pour chaque cas un relevé « très détaillé » des désordres et un « dossier prêt à aller au tribunal », face à des assureurs souvent réticents.
Si certains financent des réparations, c’est « une bataille », « il n’y a rien d’acquis ». En cas de désaccord, l’association engage des référés expertise : « on monte un dossier d’assignation », des experts judiciaires sont alors envoyés sur place. Une première décision est attendue d’ici mars 2026 pour une trentaine de dossiers, après « cinq ans » d’une attente affectant particulièrement des habitants parfois très âgés.
L’assistance de la mairie
Face au glissement de terrain, la commune affirme avoir mis en place un accompagnement dès l’origine. « Nous avons créé une cellule à la mairie », rappelle l’adjoint aux travaux Christian Parpillon : chaque signalement entraîne une visite des services techniques, avec le service RTM, explique l’élu. Les habitants sont ensuite orientés vers leur assurance et le fonds Barnier de l’État est mobilisé pour les maisons déconstruites.
Un soutien jugé insuffisant par l’association des sinistrés, qui déplore l’absence d’un référent dédié : « on n’a pas ce sentiment de présence ». La mairie assure être « à l’écoute », avec un appui juridique proposé aux habitants.
Enfin, service RTM et mairie rappellent l’importance de leur signaler tout désordre dans leur logement. « Les travaux vont dans le bon sens », affirme Marie-Pierre Michaud, tandis que Christian Parpillon assure que « la commune est très attentive à ce secteur ».
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Pour contacter l’ADéS, envoyez un mail à ades.embrun@outlook.fr