Pas de chasse des galliformes de montagne : revirement de la préfecture en faveur de ces oiseaux menacés
La préfecture des Hautes-Alpes a annoncé un « moratoire » sur la chasse des galliformes de montagne pour la saison prochaine. Les associations environnementales se félicitent de cette décision, qui intervient au profit d’espèces d’oiseaux « en danger ».
Un peu de répit est accordé aux galliformes de montagnes : pour la saison 2026-2027, le plan de chasse les concernant est nul. Autrement dit, aucun tétras lyre et aucune perdrix bartavelle ne pourra être abattu.
C’est une première en neuf ans. « Depuis 2017, on a eu 13 décisions de justice de suspension ou d’annulation de la chasse de ces galliformes », rappelle Alain Girodon, bénévole à la SAPN-FNE 05 et à la LPO et membre de la commission départementale de la chasse. En d’autres termes, « les contentieux ont tous été gagnés par les associations environnementales ».
Pourtant, des dizaines de ces oiseaux ont pu être tués régulièrement. Le même scénario s’est répété chaque année, les chasseurs bénéficiant de la lenteur des tribunaux : le préfet autorise la chasse, les associations la contestent, et la justice la bloque plusieurs semaines après l’ouverture. En 2025, 62 perdrix bartavelles et 38 tétras lyre ont ainsi été abattus en début de saison dans le département.
« Le département des Hautes-Alpes est précurseur »
Mais cette année, la préfecture change radicalement d’approche, décidant d’« un moratoire », pour renforcer la conservation. « Le département des Hautes-Alpes est précurseur », se félicite Alain Girodon suite à ce revirement surprise. « C’est une très bonne chose. Tardive, mais c’est une très bonne chose. On prend acte de la décision du préfet d’appliquer les décisions de justice nombreuses sur ce dossier », commente le bénévole.
« Le juge administratif considère […] de manière constante, que les données les plus récentes, issues des comptages et des indices de reproduction, ne permettent pas d’attester que la conservation [du tétras lyre] est compatible avec les prélèvements de la chasse », constate Philippe Bailbé, préfet des Hautes-Alpes.
Cet oiseau, tout comme la perdrix bartavelle, sont en effet « en danger », face à plusieurs menaces. « Le changement climatique les oblige à remonter de plus en plus haut en montagne », décrit Alain Girodon. « Ensuite, les dérangements occasionnés par les pratiques hivernales, notamment le ski hors-piste, ou, l’été, les randonnées hors sentier, mettent à mal ces espèces. Après, la chasse n’est pas un facteur essentiel de disparition de ces espèces, mais c’est un facteur aggravant. »
Une décision « réévaluée chaque année »
Si le plan de chasse est nul localement, les galliformes de montagne restent dans les faits des espèces chassables au niveau national, tant qu’elles sont désignées comme telles par arrêté ministériel. Ce qui rend la situation « assez incompréhensible », pointe le bénévole, protestant contre le « manque de cohérence » entre départements, selon l’appréciation des différents préfets et tribunaux. Ainsi, les services de l’État des Alpes-de-Haute-Provence ont annoncé que les galliformes de montagnes pourront y être chassés la saison prochaine.
Une précision : la décision du préfet des Hautes-Alpes « n’a […] pas vocation à être définitive. Elle sera réévaluée chaque année au regard des nouvelles données scientifiques et des observations de terrain. » « De nouvelles études scientifiques » devront être conduites sur l’évolution des populations « pour envisager la reprise de cette chasse » dans le cas où l’« équilibre est bien garanti ».
Pour Alain Girodon, il y a tout lieu de penser que le moratoire sera prolongé. « Je ne vois pas ce qui pourrait changer au niveau de la précarité de la viabilité de ces espèces » d’ici à l’an prochain. « Je vois difficilement comment, en une année, on va pouvoir faire les études nécessaires pour qu’il y ait des décisions différentes de cette année. On peut penser et on espère que le moratoire soit maintenu dans le temps. »