Des AESH mobilisés pour dénoncer le manque de reconnaissance de leur profession, 9 juin 2026 © Tiffany Derouet

Hautes-Alpes : « si on ne fait pas d’inclusion, on fait de l’exclusion », les AESH mobilisés avant la Conférence du handicap

Les AESH étaient mobilisés mardi 9 juin, à l’appel de l’intersyndicale. Des manifestations ont été organisées partout en France, notamment à Gap et Briançon, à l’approche d’un moment clé : la Conférence nationale du Handicap, le 25 juin.

10h30, devant la sous-préfecture de Briançon, une vingtaine de personnes forme un cercle et rapidement, il est proposé un tour de parole. Il n’y aura pas de blanc, les témoignages fusent. Les mots « invisible », « dignité » ou encore « absurde » sortent et ressortent de la bouche de ces accompagnants d’élèves en situation de handicap.

Une profession « insivible », en mal de reconnaissance

Invisible, car ils n’ont aucun statut alors même qu’ils travaillent dans l’Éducation nationale. Invisible, aussi, parce qu’aucune formation sur les pathologies n’existe. Chacun, donc, s’auto-forme. Invisible, enfin, car les AESH n’ont pas été conviés à la Conférence nationale du Handicap, le 25 juin. Un rendez-vous majeur, prévu tous les trois ans sous l’égide du président de la République, qui fixe les orientations et les moyens de la politique concernant les personnes en situation de handicap.

Comment proposer une école pleinement inclusive, quand on ne consulte pas les accompagnateurs qui les côtoient et les aident au quotidien ? « Ce manque de reconnaissance me pèse un peu plus chaque jour », confie Agnès Garnacho. Cette Haut-Alpine est AESH depuis 2011 et porte toutes les revendications du jour depuis ses débuts pratiquement : un statut de fonctionnaire de catégorie B pour l’ensemble des effectifs, une reconnaissance des compétences acquises, des temps complets, ainsi qu’un salaire décent.

Des annonces à rebours des revendications

Ce n’est pourtant pas ce qui se profile lors de cette conférence nationale. En effet, le ministère entend proposer un autre chemin : un statut de fonctionnaire, oui, mais pour seulement 10 à 20% des AESH, et avec une modification de leurs missions. « Ce qu’a annoncé notre ministre, c’est un statut pour 10 à 20 % des AESH, non pas pour devenir des agents titulaires mais des agents d’accessibilité. Ils ne seraient plus auprès des élèves mais auprès des enseignants. Les 80% restants resteraient sur des contrats précaires et perdraient le cœur de leur métier, c’est-à-dire l’accompagnement des élèves en situation de handicap dans leur apprentissage. Leur rôle se limiterait à la sociabilisation », déplore Agnès Garnacho.

Devant les grilles de la sous-préfecture des Hautes-Alpes, Briançon, 9 juin 2026 © Tiffany Derouet

Le coût de l’exclusion, angle mort du ministère

Pourquoi un tel choix ? « Manque de volonté politique », plaide Samuel Loire, lui aussi AESH, à Briançon. Car l’argument des dépenses publiques ne tient pas selon lui. « Si on ne fait pas d’inclusion on fait de l’exclusion. Le coût des personnes en exclusion, le coût de la folie, de la violence, de la conflictualité, de la maladie mentale, il vaut bien plus cher que de mettre des statuts sur les AESH », argumente-t-il.

Dans ce combat, les AESH sont largement soutenus par les parents, à l’image de cette mère de famille, présente dans l’assemblée, dont le fils handicapé a pu bénéficier d’un accompagnement durant sa scolarité. Soutenus aussi par les professeurs. « Les enseignants ne sont pas là, mais année après année on sent un soutien de plus en plus fort », assure Agnès Garnacho. « Un soutien et un besoin, complète Samuel Loire, c’est difficile dans leur quotidien la gestion de l’école inclusive. Ils s’appuient beaucoup sur nous. Ce qu’on attend, c’est de pouvoir passer à l’étape d’après : travailler ensemble ». En guise de soutien, les enseignants ont mis en place une caisse de grève pour permettre aux AESH d’être présents.

Cette mobilisation nationale vise à mettre la pression sur le ministère et à le forcer à revoir sa copie. A-t-elle fonctionné ou pas ? Premiers éléments de réponse le 17 juin, date de la seconde rencontre entre les AESH et l’Éducation nationale, un groupe de travail créé à la suite des précédentes manifestations.