Orages dans les Hautes-Alpes : « On ne sait pas comment on va faire », « les événements climatiques rattrapent l’administratif »
Le coût de l’inaction climatique est particulièrement élevé dans les Hautes-Alpes ces derniers jours, où les averses intenses et très localisées causent d’importants dégâts. Ironie de la situation, des études en cours sur des cours d’eau visaient précisément à limiter l’impact de ce type d’intempéries.
En cette fin juin, les bulletins météo se suivent et se ressemblent. Très chaud en journée, risques d’orages localisés en fin d’après-midi. « Plus il fait chaud, plus l’on peut avoir de forts orages avec de forts cumuls de pluie », rappelle Fabien Baudoin, prévisionniste à Météo France Briançon. Les Hautes-Alpes en font les frais depuis jeudi 18 juin, avec un enchaînements de phénomènes météorologiques extrêmes : débordement du Rif-Blanc sur la RD 1090, inondations à Embrun, murs de maisons éventrés, arbres arrachés, routes recouvertes à Rousset Serre-Ponçon et Espinasses. Alors que le département reste en vigilance jaune « orages » pour quelques jours encore, l’addition est déjà salée.
Le record de précipitations de 1970 battu à Embrun
Sur la RD 1090, les services du département et des entreprises ont travaillé de nuit, presque sans relâche, pour rouvrir rapidement la circulation et remettre le Rif-Blanc dans son lit : 150 000 à 200 000 euros. Pour éviter que cela ne se reproduise, le département étudie la possibilité de créer un ouvrage dimensionné pour que le torrent et son écoulement de lave passe sous la route.
Dans l’Embrunais, 70 mm de pluie sont tombés en moins de trois heures dans la soirée du dimanche 21 juin – l’équivalent d’un mois de précipitations, pulvérisant le record de 50 mm enregistrés en 1970. «On n’avait pas eu d’alerte particulière », souligne la maire d’Embrun Chantal Eymeoud à l’heure du bilan : hôpital partiellement inondé avec des dégâts recensés principalement sur les archives situés dans les étages inférieurs, fermetures temporaires du restaurant La Fabrik et de la boulangerie Le Fournil, annulation de la fête de la musique, fermeture de la route de Caléyères, évacuation du camping du plan d’eau et une trentaine d’interventions des pompiers pour des inondations.
« Je ne sais pas comment on va faire »
C’est à Espinasses et Rousset que les intempéries ont été les plus virulentes, lundi 22 juin. 18 mm de pluie en 5 minutes. Des arbres arrachés, des torrents sortis de leur lit, entraînant des laves torrentielles qui ont inondés des habitations, fait tomber des murs et des poteaux électriques. La maire Clémence Saunier, indique être en discussion avec les services de la préfecture des Hautes-Alpes pour obtenir une reconnaissance de catastrophe naturelle. « Je ne sais pas comment on va faire », s’inquiète l’élue, « même en terme de personnel, pour déblayer les arbres et tout faire propre ». La RD3 sur la commune de Rousset, a été recouverte de trois mètres de hauteur de laves torrentielles en six points sur environ trente mètres de long. Des entreprises ont été mandatées immmédiatement pour dégager la route et faire des curages d’urgence dans les torrents, afin que les cours d’eau puissent s’écouler dans leur lit en cas de nouvelle intempérie. Le coût ? « On ne le connaît pas encore », indique le Directeur des services de la Communauté de communes Serre-Ponçon Val d’Avance, pour qui la priorité est que le travail soit effectué avant l’arrivée d’une nouvelle intempérie, qui pourrait survenir dans les 24 heures suivant l’incident.
À Embrun, où le bilan est moins lourd, la municipalité compte réunir dans les prochains une cellule de réflexion composée d’élus et de techniciens pour « muscler son dispositif et prévenir les catastrophes ». La commune dispose bien d’un plan de gestion des risques. Sauf qu’« entre le papier et la réalité, quand on n’a pas du tout été alerté, il faut s’organiser avec les moyens du bord, surtout un dimanche », indique Chantal Eymeoud. Un répertoire des entreprises susceptibles d’intervenir en cas d’urgence est en cours de création pour augmenter la réactivité. Et la maire d’Embrun d’ajouter : « on s’est bien débrouillé, mais l’épisode était court. S’il avait plu toute la nuit, il aurait fallu qu’on passe à une autre phase ».
Les travaux de prévention des inondations, des sommes colossales à engager
Alors que le réchauffement climatique, causé par les émissions humaines de gaz à effet de serre, augmente la fréquence de ces phénomènes météo extrêmes, le coût des réparations montrent l’importance de mettre en œuvre une politique d’adaptation à la hauteur des enjeux. C’est l’objet de la compétence Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations, portée par les communauté de communes depuis 2018.
Les crues de l’automne 2023 dans le Guillestrois avaient rappelé l’urgence de réaliser des travaux de prévention dans les rivières. Les études réalisées les estimaient à 22 millions d’euros pour l’ensemble du territoire. Un montant colossal, à mettre en regard avec le coût des réparations. Les zones ayant déjà fait l’objet de travaux avaient d’ailleurs été préservées, confirmait Dominique Moulin, alors Président de la Communauté de communes du Guillestrois et du Queyras : « Si on n’avait pas fait [ces travaux], je peux vous dire qu’à Vars-Sainte-Marie, il n’y aurait plus rien ».
De son côté, la maire d’Espinasses explique que « de nombreuses études sont en cours, mais il y a une telle inertie… on s’aperçoit aujourd’hui que les événements climatiques rattrapent l’administratif lié aux demandes de financement et aux autorisations environnementales ».
Une solidarité « qui fait chaud au coeur »
Au lendemain de l’orage qui a frappé Embrun, Chantal Eymeoud relevait tout de même un point positif : de nombreux habitants se sont manifestés spontanément pour apporter leur aide. « Cette solidarité fait chaud au cœur. On s’aperçoit que quand on a affaire à des coups durs, il y a vraiment des gens qui se mobilisent ».