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Le gouvernement annonce une hausse du nombre de loups pouvant être tués chaque année

Le nombre annuel maximal de loups pouvant être tués va augmenter de 10 %, a déclaré le gouvernement début janvier. Pour la FDSEA 05, c’est une mesure insuffisante. Au contraire, les associations de défense de la nature le déplorent et appellent à renforcer les moyens de protection.

En période de tensions avec le monde agricole, la ministre de l’Agriculture a lâché du lest sur le loup. Lors d’une conférence de presse à Paris le 9 janvier dernier, Annie Genevard a annoncé que le nombre de loups pouvant être tués dans l’année allait augmenter de 10 %, selon l’AFP (relayée par 20 minutes ou encore France info). « Notre régime de régulation doit être revu et il le sera, car il n’est plus adapté au fait que le loup s’étend de plus en plus dans des territoires nouveaux et qu’il se multiplie », s’est-elle justifiée.

Jusqu’à présent, le nombre maximal annuel de loups pouvant être abattus, légalement ou non, était fixé à 19 % de la population estimée. Si le plafond était atteint avant la fin de l’année, cette part pouvait alors être portée à 21 %. L’annonce de la ministre revient en réalité à fixer ce seuil de 21 % de la population.

« On ne gagne rien du tout »

Ce qui conduit Christel Gagliardo, éleveuse de brebis laitières en bio à Rambaud et membre du conseil d’administration de la FDSEA 05, à dénoncer un « effet d’annonce ». « C’était un dispositif qui était déjà existant, donc on ne gagne rien du tout », s’agace l’agricultrice. « Pour nous, déjà, c’est une fausse annonce, et secundo, ça veut dire que le gouvernement aujourd’hui ne tire pas conséquence du déclassement du loup. Le loup a été déclassé et on nous propose d’activer ce qu’on avait déjà d’activable. » En effet, le Parlement européen a décidé, au printemps 2025, d’abaisser le niveau de protection de canis lupus, d’espèce « strictement protégée » à espèce « protégée ».

Dans ce contexte, le syndicat agricole demande des mesures plus fortes à l’encontre du prédateur : revoir les modalités de comptage, considérant que les loups sont en réalité « trois fois plus » nombreux que les chiffres de l’État, pouvoir se défendre avec du matériel thermique, alléger les procédures administratives pour effectuer les tirs, et revenir à une population de 500 loups. Les derniers chiffres officiels font état d’un effectif moyen estimé à 1 082 individus durant l’hiver 2024-2025, ce qui « confirme la tendance à la stabilisation des effectifs constatée ces dernières années », selon les services de l’État.

On considère que ce quota de tirs est complètement déconnecté de la réalité. Les syndicats sont donc retournés voir le Premier ministre en demandant un arbitrage fort sur le seuil annuel de prélèvement.

Christel Gagliardo

Christel Gagliardo pointe de plus les dégâts sur les troupeaux. « On rappelle que c’est l’hécatombe, c’est-à-dire que cette année [2025], au 31 octobre, il y a presque 11 500 victimes dénombrées, sans compter toutes celles qui n’ont pas été déclarées », soit une hausse de 19 % par rapport à l’année précédente à la même date. « On considère que ce quota de tirs, il est complètement déconnecté de la réalité. Les syndicats sont donc retournés voir le Premier ministre en demandant un arbitrage fort sur le seuil annuel de prélèvement ».

« Ce n’est pas la bonne façon de gérer la situation »

Les associations de protection de la nature, en revanche, regrettent l’annonce du gouvernement. « On pense que ce n’est pas la bonne façon de gérer la situation », déclare Catherine Bouteron, référente loup à la SAPN-FNE 05 ainsi que membre du conseil administration et animatrice du réseau Alpes-Sud de FERUS. « La population de loups est encore très fragile, ça a été démontré plusieurs fois par les scientifiques, que ce soit l’UICN [union internationale pour la conservation de la nature, ndlr] ou le Muséum d’Histoire naturelle. D’ailleurs, la population a très peu augmenté depuis l’année 2024, donc elle s’est stabilisée. Par contre, le loup est en expansion, mais ça c’est tout à fait normal puisqu’il cherche de nouveaux territoires. »

Il n’y a pas lieu d’augmenter le quota de tirs, d’autant plus qu’il a été démontré que ce n’est pas la façon idéale de gérer la situation, que ça multiplie parfois les attaques.

Catherine Bouteron

Pour la bénévole, « il n’y a pas lieu d’augmenter le quota de tirs, d’autant plus qu’il a été aussi démontré que ce n’est pas la façon idéale de gérer la situation, que ça multiplie parfois les attaques. » En lieu et place, les associations « prônent toujours la protection qui paraît vraiment la chose primordiale à mettre en place. »

Selon Catherine Bouteron, la hausse du plafond entrerait en contradiction non seulement avec les conclusions scientifiques mais aussi avec le droit français et européen, citant en particulier une décision de la Cour de justice de l’Union européenne répercutée par le Conseil d’État en décembre dernier. « On est quasi certains que la population va diminuer, d’autant plus que le braconnage est aussi en augmentation. Et cela va aller à l’encontre de l’intention de la Cour de justice de l’Union européenne qui, clairement, préconise, avant toute autorisation de tir, que l’État démontre que la bonne conservation du loup est assurée localement, c’est-à-dire dans tous les départements français. »

Les mesures de protection

En matière de mesures gouvernementales sur le loup, la SAPNE-FNE 05 et FERUS attendent plutôt de nouvelles recherches sur le comportement du prédateur en milieu pastoral, une accentuation de la répression du braconnage et une meilleure mise en place des mesures de protection des troupeaux.

Et Catherine Bouteron de rappeler l’existence du dispositif Pastoraloup, déployé par FERUS depuis de nombreuses années et permettant à des bénévoles de venir prêter main forte à des éleveurs et des bergers face au loup. Une méthode qui, selon elle, « a fait ses preuves » et « ne coûte rien » aux agriculteurs.

Comment expliquer l’annonce de la ministre de l’Agriculture ? Pour la bénévole, « c‘est une décision éminemment politique, à cause de tout ce qui se passe actuellement, que ce soit pour les traités du Mercosur ou les maladies au niveau des bovins. Là, il faut calmer le jeu, donc c’est sûr que c’est plus facile de faire augmenter un peu le quota de tirs sur le loup ».