Production d'un groupe de l'atelier Montagne Zéro Déchet © ram05

Hautes-Alpes : grâce à l’association Mountain Riders, les déchets sauvages sur une pente descendante

Jeudi 26 février au Pôle XXème de Savines-Le-Lac, les rencontres de la Montagne Zéro Déchet ont rassemblé stations, offices de tourisme, associations et socioprofessionnels pour faire émerger des solutions visant à réduire les déchets sauvages en montagne.

Depuis 2001, l’association Mountain Riders mène une mission d’éducation à la transition écologique en montagne afin de « favoriser les changements de comportements individuels et collectifs de toutes les personnes qui vivent, travaillent ou viennent en montagne » explique Charlotte Rey-Gorrez, directrice. Le projet Montagne zéro déchet 2030 est né du constat qu’après plus de vingt ans d’existence, la sensibilisation, les ramassages se poursuivaient sans que la problématique des déchets sauvages en montagne ne soit réellement enrayée. Or, c’est l’objectif que se fixe Mountain Riders à l’horizon 2030. « C’est une ambition forte mais réaliste », estime Charlotte Rey-Gorrez. Pour y parvenir, l’association veut faire de ce sujet l’affaire de tous. « C’est un sujet pragmatique, concret, visuel et rassembleur. Il n’y a pas vraiment de débat pour ou contre les déchets sauvages ».

Rigueur scientifique et bénévoles motivés

Depuis 2023 et le lancement du projet, des structures signataires de la charte Montagne Zéro Déchet une caractérisation régulière des déchets sauvages selon une méthodologie scientifique de comptage développée par l’association MerTerre basée à Marseille. Premier constat, deux types de déchets sauvages cohabitent. En premier lieu, les « grand public ». « Le numéro un c’est le mégot, qui a par ailleurs un très gros impact environnemental : un mégot jeté c’est 500 litres d’eau pollué. On retrouve également l’emballage alimentaire : petits plastiques qui s’envolent facilement, produits d’hygiènes, mouchoirs et papiers toilette », déroule Élodie Christin, cheffe de projet « Montagne zéro déchets 2030 ». Viennent ensuite les déchets issus d’activités professionnelles. « La construction, de la restauration, les jalons de pistes, les feux d’artifice… cela permet de montrer que tout le monde est concerné ».

Pour faire la chasse aux mégots jetés, l’association a conçu une campagne de communication libre de droit sur laquelle peuvent s’appuyer toutes les structures qui le souhaitent. Plus largement, la prévention à la source est primordiale pour éviter d’agir uniquement en curatif et enrayer réellement la problématique. « On travaille avec les hébergeurs sur des expérimentations pour réduire les mégots, avec de la sensibilisation de clients, des pancartes sur les balcons – en-dessous desquels on en retrouve beaucoup », explique Élodie Christin.

Des ateliers pour faire émerger des solutions

Lors des rencontres Montagne Zéro Déchet, des groupes devaient concevoir une affiche illustrant des solutions et un « futur désirable ». Le groupe de Véronique Abadie, responsable régionale de la commission environnement à la FFCAM, signataire de la charte, s’est penchée sur les écoles de de ski. « Souvent, il y a des descentes au flambeau, et aux jeunes on leur donne un flambeau jetable. On a imaginé ce que pourraient faire les acteurs pour éviter de jeter ces flambeaux. Peut-être utiliser des flambeaux réutilisables ? ». De même, le groupe a imaginé comment les branches des flocons de neige passés par les élèves de l’ESF pourraient « représenter des déchets potentiels auxquels il faudrait faire vraiment très attention et ne pas laisser dans la nature ».

Des résultats encourageants

En 3 ans, l’association Mountain Riders a réuni 170 signataires de chartes. En 2025, 89 ramassages de déchets étaient organisés et ont permis de collecter 17 tonnes. Résultat : « cette année on est plutôt dans le positif car on a une tendance à la baisse et c’est notre objectif », se réjouit Elodie Christin. L’association estime que la quantité de déchets sauvages sur les lieux suivis a reculé de 7,6%. Un calcul qui s’appuie sur vingt-huit ramassages réalisées aux mêmes périodes, dans des conditions similaires et avec le même nombre de ramasseurs.

Les anciennes décharges, source majeure de déchets dans l’angle mort

Représentée par Jean-Paul Coulomb, la LPO Ecrins-Embrunais (Ligue pour la Protection des Oiseaux) a une connaissance fine du sujet, avec ses ramassages annuels sur les berges du lac de Serre-Ponçon. En effet, les déchets suivent le cycle de l’eau, qui démarre en montagne finissent dans la retenue de Serre-Ponçon, infranchissable par les déchets flottants du fait du barrage.

On pourrait s’attendre à ce que les mégots soient également le premier déchet retrouvé dans le lac. Pourtant, « on en voit un peu sur les berges mais très peu car les mégots qui sont jetés en amont sont déjà détruits quand ils arrivent dans le lac », avec pour conséquence une pollution de l’eau, signale Jean-Paul Coulomb. De plus, « la plupart des gens ne le savent pas mais les filtres de cigarettes sont en plastique. Et donc cela génère des micro plastiques ». Mais donc, d’où proviennent les mètre cubes collectés annuellement par la LPO Ecrins-Embrunais ? « Ce qu’on récupère dans le lac provient essentiellement d’anciennes décharges, qui sont ravagées, éventrées par les crues. Les initiatives qui se structurent pour limiter les déchets sauvages, c’est une bonne chose, mais lorsque le problème sera réglé en station, il restera encore ces vieilles décharges à purger », rappelle ce bénévole invétéré.