Marion Lozac'hmeur, procureure de Gap, et Philippe Bailbé, préfet des Hautes-Alpes (au centre) / Photo : ram05

Hautes-Alpes : délinquance « contenue » mais bilan « contrasté »

Le 24 mars dernier, la préfecture, le parquet et les forces de l’ordre ont présenté l’état des lieux de la délinquance dans les Hautes-Alpes. Si le département est « le plus sûr de la région », trafic de stupéfiants et sécurité routière préoccupent les services de l’État.

« La délinquance sur le département reste contenue », annonce d’entrée de jeu Marion Lozac’hmeur, procureure de Gap, à l’heure de la présentation du bilan 2025 à la presse. Un constat partagé par le préfet des Hautes-Alpes, Philippe Bailbé. « Le département des Hautes-Alpes est très sûr, le plus sûr de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec 44 faits pour 1 000 habitants », chiffre le haut-fonctionnaire. « C’est le résultat d’une mobilisation de l’ensemble des forces de police, de gendarmerie, des douanes, mais aussi de la réponse judiciaire ».

En revanche, le représentant de l’État tire aussi un « autre bilan, plus contrasté » : « il y a des domaines dans lesquels la mobilisation a produit des résultats », comme les atteintes aux biens (- 24 % de vols avec violence, – 18 % de vols de véhicules, – 13 % de cambriolages, bien que les destructions et dégradations connaissent une hausse de 20 %), « d’autres dans lesquelles le bilan est beaucoup moins bon ».

Une dégradation de la sécurité routière

À l’instar de la sécurité routière : 217 accidents en 2025, soit une hausse de 27 % en un an, et 17 décès, contre 13 en 2024. L’inattention est la cause principale des accidents de la route, et la plus grave, souligne Philippe Bailbé, puisqu’elle entraîne une déviation du véhicule vers l’autre voie et donc un choc frontal.

Ces chiffres sont « clairement le signe d’un relâchement des comportements des automobilistes au volant qui nécessitera, au-delà de la prévention, une très forte mobilisation sur les routes pour sensibiliser à nouveau les conducteurs », conclut le préfet. Les voitures-radars banalisées joueront leur rôle : mises en place en août dernier dans le département, elles ont constaté plus de 6 700 infractions jusqu’en décembre, soit une quarantaine par jour en moyenne.

Stupéfiants : flux et consommateurs dans le viseur

Autre préoccupation majeure des services de l’État dans les Hautes-Alpes : le trafic de stupéfiants. 2025 a été une « année record » en termes de saisies. « Au niveau national, il y a une très forte hausse des trafics et des saisies de stupéfiants », rappelle Philippe Bailbé. Mais « la hausse des faits constatés résulte aussi de la pression accrue à la fois sur les trafiquants et sur les consommateurs ».

L’occasion de répéter le mantra des services de la préfecture et des forces de l’ordre : « consommer de la drogue, c’est se rendre complice des trafics ». « Sans consommateurs, il n’y aurait pas de trafics », insiste le représentant de l’État, « et les trafics de drogue alimentent toute une économie parallèle de blanchiment, d’extorsion, de vols, qui doivent être jugulés à la source, c’est-à-dire dès les consommateurs ».

Par ailleurs, certains produits stupéfiants circulent dans le département sans s’y arrêter : « les Hautes-Alpes restent un territoire préservé, mais qui constate des passages importants », en témoignent « des saisies en sortie d’autoroute à La Saulce, qui n’avaient pas vocation à être vendues dans le département, mais bien à y transiter ».

En bref, en 2026, la préfecture entend renforcer le contrôle des flux et continuer de sanctionner les consommateurs.

Une surpopulation carcérale qui « s’installe »

Du côté des violences intrafamiliales, après plusieurs années de hausse, c’est une stabilité qui est constatée, mais à un « niveau élevé », précise la procureure de Gap : 678 faits en 2025. En revanche, la réponse pénale, elle, a radicalement changé : les auteurs sont davantage poursuivis, avec 25 incarcérations prononcées, contre 3 l’année précédente.

Enfin, dans le domaine des atteintes à l’environnement, la nouvelle brigade spécialisée créée en 2024 dans le département est rentrée pleinement en activité l’an dernier avec 135 infractions relevées.

Globalement, gendarmerie et police se félicitent d’une hausse de leur présence et de leur visibilité sur le terrain. Par ailleurs, la première rapporte un taux d’élucidation « proche de 50 % », ce qui est « assez remarquable », la seconde un taux de 33 %.

Au tribunal de Gap, les poursuites judiciaires sont plus nombreuses et plus rapides, avec 1 500 décisions pénales prononcées en 2025 contre 1 000 en 2024. Le revers de la médaille s’observe directement à la maison d’arrêt de Gap : « la surpopulation carcérale s’y installe », note la procureure Marion Lozac’hmeur. En 2025, le nombre de détenus n’est jamais passé sous les 40, atteignant parfois « presque 50 », pour 33 lits, impliquant l’installation de matelas au sol.