La FIT’Team05 perd 28 000 euros dans une arnaque bancaire, de nombreuses autres victimes dans le département
L’association sportive FIT’Team05 a perdu plus de 28 000 € lors d’une arnaque au faux conseiller bancaire début 2026. Une enquête est en cours. Les victimes d’escroqueries de ce type se multiplient, y compris dans les Hautes-Alpes, alerte la Gendarmerie nationale.
« L’avenir de la FIT’Team05 est mis à l’épreuve », déclare l’association. Le mois dernier, le club sportif a été victime d’une arnaque au faux conseiller bancaire et y a perdu plus de 28 000 €.
Promouvant « le mouvement autrement pour tous », la structure est active depuis sept ans sur l’intercommunalité de Serre-Ponçon. Elle y propose des séances collectives variées dans huit communes, rassemble 310 adhérents et intervient aussi en milieu scolaire et auprès de clubs des aînés.
Un échange téléphonique frauduleux pendant une heure
L’escroquerie s’est déroulée par téléphone, le 20 janvier dernier. Tout a démarré par un message reçu par Bernard Froment, trésorier de l’association. « En début d’après-midi, j’ai reçu un SMS sur mon téléphone, avec l’en-tête du Crédit Agricole, m‘indiquant qu’il y avait un montant frauduleux qui allait apparaître sur les comptes », raconte le bénévole. « J‘ai essayé d’appeler la banque pour bloquer. Elle n’a jamais répondu, donc j’ai appelé au numéro qui était indiqué sur le SMS et je suis tombé sur un soi-disant service anti-fraude du Crédit Agricole, qui en réalité était le fraudeur. »
Celui-ci explique alors que de « gros montants » vont partir et qu’il faut les bloquer en faisant « des transactions ». « À chaque fois, j’étais obligé de valider les transactions pour que ça passe. À la fin, il nous a dit : « Vous ne touchez pas au téléphone, vous attendez, je vous rappelle dans une demi-heure parce qu’il faut que tout se remette en ordre. » On a attendu », raconte le trésorier.
« Quand il me parlait, on entendait derrière une personne qui parlait à un autre client, comme s’ils étaient dans un service. Il parlait bien, il nous rassurait, et sur mon téléphone, il y avait le sigle du Crédit Agricole, service anti-fraude. Donc à aucun moment, vraiment, on a pu se douter que c’étaient des fraudeurs », se souvient Bernard Froment.
Le trésorier finit par raccrocher malgré les instructions de son interlocuteur, et par être alerté par Sophie Gonin, fondatrice et salariée en tant que directrice des activités. De grosses sommes ont bien été soutirées durant l’échange téléphonique qui a duré une heure.
Une enquête en cours
« Il y a eu apparemment une alerte au niveau du vrai service des fraudes puisqu’on a été contacté une heure après », explique Sophie Gonin. « J’étais en encadrement, on n’a pas réussi à les recontacter. On a clairement constaté des mouvements d’argent frauduleux directement à l’agence d’Embrun avec notre conseiller et le directeur. On a fait tout de suite la demande de retour de fonds. »
L’association a déposé plainte le lendemain. « Une enquête est en cours », a confirmé le parquet de Gap à ram05. Objectif : identifier les auteurs de l’arnaque et retrouver les 28 000 € détournés, à mettre en regard d’un budget annuel d’environ 120 à 130 000 €. En attendant, les projets d’investissements auxquels était destinée cette somme, dont l’achat d’un véhicule pour les déplacements réguliers, sont compromis.
Mais les arnaqueurs ne se sont pas arrêtés là et ont également, par la même occasion, récupérés environ 13 000 € sur le compte d’une autre association sportive haut-alpine dont Bernard Froment est aussi trésorier, et environ 3 000 € sur son compte personnel.
Deux plaintes par semaine
Cette affaire n’est pas un cas isolé. Dans les Hautes-Alpes, ce sont pas moins de 14 plaintes qui ont été déposées depuis le début de l’année 2026, deux par semaine en moyenne, pour des arnaques au faux conseiller bancaire, selon le groupement de gendarmerie départemental. Et encore, ce n’est que la « surface de l’iceberg », précise l’adjudant Jean-François Blanc, référent cyber-prévention à la section opérationnelle de lutte contre les cybermenaces.
Un phénomène en hausse qui s’explique par des techniques d’hameçonnage plus abouties, notamment grâce à l’intelligence artificielle, utilisée par les auteurs pour rendre leurs faux messages plus convaincants.
Ensuite, « 90 % » de l’efficacité de l’escroquerie repose sur le sentiment d’urgence imposé aux victimes, analyse l’adjudant Blanc. « Dans l’urgence, on va vouloir y aller et une fois qu’on a mis le pied dedans, c’est très compliqué pour s’en sortir. Du moment où l’on vous demande une information, les codes de la carte bleue ou de faire des validations, il est là le danger. C‘est vous qui faites les validations, et la personne en face n’attend que ça, que vous validiez. »
Conseil n°1 : « prendre son temps »
Pour se prémunir de ces attaques, le conseil n°1 est de « prendre son temps ». « C’est la base », insiste le gendarme. « Quand vous traversez la rue, les trois secondes que vous allez perdre à regarder à droite et à gauche, c’est ce qui va vous sauver la vie. Quand vous recevez un mail, un SMS, un appel, c’est la même chose. Il ne faut pas rentrer dans cette cavalcade que vous incite à avoir l’auteur malveillant en face ».
Ce temps de réflexion est à mettre à profit pour « authentifier son interlocuteur, en utilisant un autre canal que celui qu’il a donné. »
Pour plus de conseils sur la cybersécurité, rendez-vous sur cybermalveillance.gouv.fr. Et si vous êtes victime, le site 17cyber.gouv.fr vous orientera vers la meilleure solution. La Gendarmerie nationale insiste sur l’importance d’y signaler toute arnaque ou tentative d’arnaque, même en l’absence de préjudice.
Dans le cas de la FIT’Team05, l’association dit attendre toujours des nouvelles de sa banque dans le cadre d’une procédure de recouvrement des fonds. Si besoin, elle se dit prête à lancer une action en justice à l’encontre de l’établissement bancaire, qu’elle juge avoir été « défaillant » dans le blocage de l’arnaque.
« Ça reste très dur psychologiquement »
En attendant, l’affaire a aussi un impact psychologique sur ses victimes directes, comme le souligne Sophie Gonon. « Le préjudice moral est important puisqu’il y a une sensation de culpabilité, de honte. On se serre les coudes parce qu’avant tout, ce sont des personnes bénévoles qui donnent de leur temps, de leur énergie. On essaie de retenir la solidarité, cet élan de nos adhérents et même de personnes extérieures. »
« Ça reste très dur psychologiquement », se confie Lydie Froment, secrétaire adjointe et épouse de Bernard Froment, présente au moment des faits. « On commence à remonter moralement, mais on y pense tout le temps », appuie le trésorier. « Quand c’est notre argent personnel, c’est déjà dur, mais quand c’est l’argent d’une association, où ce sont les adhérents qui ont payé, en ajoutant le travail de Sophie depuis sept ans, on a du mal à accepter ça ».
« Il ne faut plus que ça se produise. Je souhaite vraiment que les banques prennent ça au sérieux », déclare la secrétaire adjointe. « On a un sentiment de culpabilité parce qu’on s’est fait manipuler. Il faut savoir qu’ils sont très forts. On peut dire qu’il ne faut jamais répondre, c’est facile après. Mais quand vous êtes dans l’action, dans l’émotion, dans la peur que l’argent parte, parce que c’était ça la menace, oui, vous perdez vos moyens, vous ne pensez qu’à une chose, c’est que l’argent reste sur les comptes. »
« On compte sur le soutien. Et on souhaite vraiment que la FIT’Team05 perdure parce que c’est une très belle association », conclut Lydie Froment.
L’association a ouvert une cagnotte en ligne pour la soutenir, sur la plateforme Hello Asso.
Pour plus d’informations sur les cybermenaces actuelles et les manières de s’en prémunir, rendez-vous dans notre émission La Vie Publique, ce vendredi 20 février à 12h et 19h, avec l’adjudant Jean-François Blanc.