Un Haut-Alpin est prisonnier au Koweït, sa famille dénonce « une procédure opaque » et « une atteinte à ses droits »
Le Français Sylvain Iezzi, originaire de Puy-Sanières, est incarcéré au Koweït depuis dix mois. Le détenu, qui se dit « innocent », aurait été condamné pour une affaire de stupéfiants et aurait fait appel. Sa famille alerte sur « de gros problèmes » de procédure et des droits « peu respectés ».
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Sa famille dénonce « une procédure opaque » et appelle au « respect des droits fondamentaux ». Ressortissant français originaire des Hautes-Alpes, Sylvain Iezzi est actuellement incarcéré au Koweït, selon une information que ram05 a pu confirmer auprès d’une source diplomatique.
Ses derniers jours de liberté en date remontent à la fin du mois d’avril 2025. D’après le récit de la famille, Sylvain Iezzi, né en 1983 à Gap, vivait alors à Londres, où il était installé depuis une dizaine d’années. Le Haut-Alpin y menait une carrière dans la restauration, en tant que serveur, qui l’avait conduit auparavant dans les Alpes-Maritimes, à Marseille et à Paris, après une enfance à Puy-Sanières et une scolarité à Embrun. « C’est un très bon serveur, très apprécié », qui « s’est construit lui-même », décrit sa mère, Christine Curien-Guillon, auprès de ram05.
Au Royaume-Uni, Sylvain Iezzi est devenu père de deux enfants, âgés aujourd’hui de neuf et sept ans, leurs parents s’étant ensuite séparés. Après avoir passé le weekend de Pâques 2025 en famille, le quadragénaire a pris un vol depuis Londres pour le Koweït, le mardi 22 avril au soir. L’objet de son voyage, se souvient Christine Curien-Guillon, était d’y promouvoir des produits alimentaires italiens, le Haut-Alpin ayant des origines italiennes par son père, décédé quand il était adolescent. Une opération commerciale que Sylvain Iezzi aurait déjà réalisée par le passé dans ce pays de la péninsule arabique.
« Je suis très inquiet »
Mais cette fois-ci, le voyage ne s’est pas passé comme prévu. C’est ce que la mère de Sylvain Iezzi, toujours habitante de Puy-Sanières, a appris quelques semaines plus tard. « Je ne me faisais pas de souci, le mois d’avril se termine. La deuxième semaine de mai, je reçois un message qui dit : « Je suis un ami de Sylvain à Londres. Je suis très inquiet parce qu’il n’a pas donné de nouvelles depuis le 22 avril, d’autant qu’il avait dit qu’il revenait pour voir ses petits. Vous devriez faire une déclaration de disparition inquiétante. » »
Une nouvelle qui laisse la Haut-Alpine « un peu soufflée ». « J’ai commencé à angoisser, bien sûr. Et puis je suis allée à la gendarmerie d’Embrun, j’ai fait cette déclaration. Je devais y retourner le lendemain pour la signer, mais, le matin, j’ai un appel d’un numéro inconnu. C’était la vice-consul de l’ambassade de France au Koweït qui me dit que Sylvain a été interpellé le 23 avril à l’aéroport, détention de stupéfiants, qu’il est incarcéré, qu’il encourt une très lourde peine, et qu’au Koweït, il y a la peine capitale. » L’appel, paradoxalement, « rassure » : « au moins il n’était pas mort. »
« Les informations sont difficiles à obtenir »
Sylvain Iezzi se verrait donc reprocher du « trafic de stupéfiants », d’après ce que la famille a pu comprendre d’une procédure « floue ». En effet, bien que Christine Curien-Guillon et ses deux autres enfants soient en lien avec le bureau de la protection des détenus du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères et l’ambassade de France au Koweït, « les informations sont difficiles à obtenir et c’est très long ». Le détenu a toutefois reçu plusieurs visites consulaires, la dernière en date ayant eu lieu en février 2026, selon une source diplomatique.
Après qu’un avocat koweïtien ait été trouvé à distance, puis payé plusieurs dizaines de milliers d’euros, que l’audience de jugement ait été ajournée sept fois, et alors que « la famille ne dispose d’aucun document judiciaire écrit précisant les chefs d’inculpation », Sylvain Iezzi a finalement été condamné à 15 ans de réclusion le 20 octobre 2025.
C’est en tout cas ce que maître Sarah Mayer*, avocate en France de la famille et du détenu, décrypte à partir des éléments à sa disposition. Dont un jugement uniquement rédigé en arabe. « On n’a pas de traduction officielle », déplore l’avocate, « et, surtout, on aurait aimé, de la part de l’avocat ou de l’institution, qu’on nous explique exactement ce que signifie cette condamnation, on parle par exemple de travail forcé. On n’a eu aucun retour, donc on ne sait absolument pas comment ça se passe sur place. »
L’occasion de rappeler que, « quand on est détenu à l’étranger, c’est le droit du pays où l’on est qui s’applique, c’est un principe de territorialité. On se retrouve avec une marge de manœuvre très limitée, et c’est un vrai problème », estime maître Mayer. « En plus, il y a les délais, la barrière de la langue, le fait que ce n’est pas du tout le même système judiciaire, avec des difficultés de compréhension pour nous, avocats français. Donc il y a vraiment un décalage qui rend la chose très compliquée. »
« Une condamnation avec des éléments très contradictoires »
Sans compter que « beaucoup de contradictions » entachent la procédure, s’insurge l’avocate, citant différentes versions du lieu d’interpellation (tantôt à « l’aéroport », tantôt à « la chambre d’hôtel »), de la drogue en question (certaines fois « du cannabis », d’autres « de la cocaïne »), et du chef d’inculpation (qui « diffère selon les documents »). « On peut avoir des choses très approximatives et qui ont à la fin conduit quand même à une condamnation, avec des éléments très contradictoires », regrette l’avocate.
Le détenu aurait fait appel et l’audience pourrait avoir lieu le 4 mai 2026. L’usage du conditionnel s’impose, parce qu’il s’agit d’informations distillées par l’avocat koweïtien, avec qui son homologue française a des « contacts très difficiles » et des « échanges très espacés », et puisque la famille ne dispose pas de document les confirmant.
Quoi qu’il en soit, « Sylvain dit qu’il est innocent et qu’il faut le faire sortir », déclare sa mère.
« Il y a eu une vraie atteinte à ses droits »
Christine Curien-Guillon a en effet pu entrer en contact plusieurs fois avec son fils depuis son incarcération, notamment lors d’un échange en visio à l’été 2025. « Sylvain s’était plaint de ne pas pouvoir donner de nouvelles, de ne pas avoir de nouvelles de sa famille, de ses enfants », raconte sa mère. « Un officier lui a donné une tablette, et je l’ai vu en visio. Il n’allait pas mal, il était très heureux de pouvoir me voir, ça a duré très peu de temps. Il m’a demandé des nouvelles des enfants, puis on a parlé. Il me demande toujours comment ça va, parce qu’il se faisait aussi du souci, enfin, ce n’est pas anodin. »

Toutefois, depuis août 2025, les communications entre Sylvain Iezzi et ses proches sont coupées, déplore la famille. Justement, pouvoir les rétablir fait partie des revendications portées par maître Mayer, pour un « respect des principes fondamentaux du droit à un procès équitable ».
« Ce qui nous interpelle, c’est que, vraiment, les droits de l’homme, pour Sylvain, sont peu respectés, il y a eu une vraie atteinte à ses droits. Par exemple, il est allé en garde à vue sans interprète. En France, aujourd’hui, ce n’est pas possible. Vous avez d’ailleurs un avocat qui arrive dans les heures qui suivent votre interpellation, vous n’êtes pas seul. Et ça, justement, c’est une garantie que la personne va être jugée de façon équitable et réelle », rappelle l’avocate.
« Ici, rien n’a été respecté, par rapport, bien sûr, au droit français et par rapport à ces droits de l’homme », insiste maître Mayer. « Le lien avec la famille fait aussi partie des principes fondamentaux, surtout quand on est à l’étranger. On a eu aussi d’autres problèmes par rapport à la santé : en France, quand un détenu est malade, il a accès à un médecin. Ici tout est très long et on a en plus très peu d’informations sur les conditions de détention. Mais il semble y avoir quand même de gros problèmes. » « L’accès à une information claire sur la procédure » est aussi l’un des droits non respectés, ajoute la famille.
« Il faut que ça bouge, que ce soit connu »
Cette dernière entend demander le transfèrement de Sylvain Iezzi en France, mais il faut pour cela que plusieurs conditions soient remplies. Notamment, que le jugement soit définitif, ce qui n’est pas le cas si un appel est effectivement en cours. Et également que le Koweït l’accepte, le pays n’ayant pas signé de convention à ce sujet. « C’est au bon vouloir du pays, il n’y a aucune obligation pour eux de le faire », résume maître Mayer. L’incertitude est complète, car, selon les recherches de l’avocate, Sylvain Iezzi serait un cas unique : le premier et seul Français prisonnier au Koweït.
Quant à une demande de grâce, elle ne pourra être déposée que lorsque l’éventuel appel sera purgé.
Après dix mois de séparation, les proches de Sylvain Iezzi choisissent aujourd’hui la médiatisation. « Pour que, peut-être, on se rende compte de la gravité de la situation, de cette atteinte aux droits de l’homme pour un ressortissant français, que les choses puissent accélérer, et que, à terme, il puisse revenir. Dans tous les cas, je pense que c’est vraiment la priorité », déclare maître Mayer.
« Il faut que ça bouge, que ce soit connu, qu’il ait des conditions respectables et qu’on puisse avoir des nouvelles, savoir réellement comment il est, comment il va », attend Christine Curien-Guillon.
Depuis la survenue de la guerre entre États-Unis, Israël et Iran le 28 février dernier et les ripostes menées par ce dernier envers divers pays dont le Koweït, l’inquiétude est montée d’un cran pour la famille de Sylvain Iezzi : « l’angoisse est présente ».
Une cagnotte est ouverte pour soutenir les proches de Sylvain Iezzi, accessible sur le site Leetchi.
*Sarah Mayer a animé bénévolement les chroniques « Le droit de savoir » sur ram05 de 2021 à 2024.
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