Fatou Gosselin (au milieu, devant) et Jean-Guy Bertolino (à droite) / Photo : ram05

Lutter contre le cancer colorectal avec Mars bleu : « pour ne pas être malade, dépistez-vous ! »

Le cancer colorectal tue encore 17 000 personnes par an en France. Diagnostiqué suffisamment tôt, le patient peut pourtant guérir 9 fois sur 10. C’est pourquoi la campagne Mars bleu sensibilise comme chaque année à l’importance du dépistage.

C’est le troisième cancer le plus fréquent en France et le deuxième le plus mortel : dimanche dernier a commencé la traditionnelle campagne de promotion du dépistage du cancer colorectal, Mars bleu.

Invitée à témoigner lors d’une conférence de presse organisée par le CRCDC Provence-Alpes-Côte d’Azur, le centre régional de coordination de dépistage des cancers, la Gapençaise Fatou Gosselin, 64 ans, raconte comment des lésions ont pu lui être détectées, avant tout symptôme.

« J’ai reçu, à mes 50 ans, l’enveloppe bleue de dépistage. Je me suis dit, « Mais c’est quoi ça ? Je ne connais pas. Moi, je n’ai pas de problème de santé, je ne vais pas rentrer là-dedans. » Et j’ai refusé de le faire. » La Haut-Alpine a changé d’avis lors d’une visite chez son médecin. « Lui a insisté, insisté, et à un moment je me suis dit : « Oui, il faut le faire, parce que quand on a des enfants, on ne peut pas se laisser aller comme ça. » J’ai fait le test, tous les deux ans. Au bout de quelques années, je me suis dit « Peut-être qu’il faut arrêter, qu’il n’y a rien, que c’est juste pour m’embêter. » »

« Si j’avais refusé le dépistage, peut-être que là, je serais en train de faire de la chimio »

Sauf que voilà, « un test arrive positif, avec des traces de sang dans les selles. Et là, je n’ai pas accepté non plus. Je retourne voir mon médecin, je lui demande qu’on refasse le test. Il m’a dit « Non, s’il y a des traces de sang, c’est qu’il y a un problème. » »

S’ensuit un rendez-vous avec un gastro-entérologue. « Il m’a bien conseillée, apaisée », relate Fatou Gosselin. À la première coloscopie est décelé « un gros polype, énorme, qui, si on l’avait laissé, allait être cancérigène ». Une opération est donc réalisée. « Tout ça s’est bien passé, je n’ai pas eu de douleur, j’étais endormie », se rappelle la patiente. Qui se voit encore détecter « deux polypes » par la suite.

« Si j’avais refusé de faire ce dépistage, peut-être que là, je serais en train de faire de la chimio ou des problèmes de santé énormes », relativise la Gapençaise.

Détecter la maladie avant les premiers symptômes

Avec Mars bleu, les autorités de santé tiennent à souligner que tout l’intérêt du dépistage est de déceler des signes précancéreux dans le côlon et le rectum et ainsi pouvoir agir suffisamment tôt. « C’est un cancer extrêmement fréquent avec une incidence très élevée », souligne Jean-Guy Bertolino, administrateur du CRCDC et gastro-entérologue à l’hôpital de Gap.

« Il y a 47 000 nouveaux cas chaque année en France, et c’est une maladie qui, lorsqu’elle est prise au moment des symptômes, est une maladie encore très mortelle, puisqu’elle fait 17 000 décès par an. » Or, si elle est prise en charge assez tôt, la pathologie « peut guérir 9 fois sur 10 ». Assez tôt, cela signifie « quand elle ne donne pas de symptôme », c’est-à-dire « grâce uniquement au dépistage du cancer colorectal. »

Problème : la France se situe bien en-dessous des recommandations européennes, avec environ 35 % de taux de dépistage au lieu de 65 %. Si elles sont les « meilleures élèves de PACA », les Hautes-Alpes ont encore une marge de progression, avec un taux d’environ 40 %.

« Cela évite d’avoir un cancer avec des conséquences beaucoup plus graves »

Le protocole est « simple » et « gratuit », rappelle donc le docteur Bertolino. « C’est un petit test immunologique qu’on fait dans les selles, un tout petit écouvillon qu’on fait à la maison. Ça dure 2-3 minutes », rassure le soignant. Le dépistage est à réaliser « entre 50 et 74 ans et tous les deux ans. »

« La plupart du temps, 97 fois sur 100, le test est négatif. Mais quand le test est positif, ça veut dire qu’on a du sang dans les selles ». Pour autant, « cela ne veut pas dire qu’on a un cancer, on a souvent une lésion précancéreuse qu’on guérit avec une simple coloscopie. Et ça évite d’avoir un cancer avec des conséquences beaucoup plus graves pour le futur », explique le médecin.

À l’occasion de Mars bleu, des actions de sensibilisation sont prévues dans le département :

  • lors d’un match des Rapaces à l’Alp’Arena de Gap le 6 mars
  • avec une conférence au pôle universitaire de Gap le 12 mars
  • via un spectacle burlesque intitulé « Voyage au bout du côlon » le 13 mars à 20h à la salle Saint Paul à Villard Saint Pancrace et le 14 mars à 18h au TdB à Briançon
  • sans oublier un défi connecté et des stands de sensibilisation dans les hôpitaux.

Bref, « faut surtout pas hésiter. Faut le faire. S’il n’y a rien, y’a rien, mais faut le faire », résume Fatou Gosselin. « Les gens disent « Je ne fais pas le test parce que je ne suis pas malade », mais on ne sait pas. Pour ne pas être malade, justement, dépistez-vous ! », déclare le docteur Bertolino.

Les interviews ont été réalisées par notre correspondante Julie Cotin.