Le festival de Chaillol a trente ans et un nouveau président : « on ne va pas célébrer autre chose que ce que l’on est »

En 2026, le Festival de Chaillol célèbre sa trentième édition sans faste ni changement majeur d’orientations. Dans un contexte où « le paysage devient complexe » pour la culture en France, l’Espace Culturel de Chaillol souhaite tout de même « réaffirmer ses fondamentaux ».

Depuis sa création en 1996, le festival se distingue par le principe de l’itinérance. Né à Chaillol, où l’équipe installe son quartier général chaque été, il irrigue l’ensemble du Gapençais de ses concerts et ne dispose pas d’équipement ou de lieu propre, contrairement à la très grande majorité des événements de cette envergure. Question complexe et inhérente à l’itinérance : quelle serait la meilleure échelle pour faire vivre un tel festival ? Dans sa convention, l’Espace Culturel de Chaillol y répond de manière simple : « celle qui permet de nouer et d’entretenir la plus grande qualité relationnelle avec l’ensemble des parties prenantes ».

D’un festival à une saison de concerts

Les premières années, le Festival de Chaillol résonne seulement pendant la durée du festival avant de s’éteindre jusqu’à l’été suivant. Ancien directeur du pays Gapençais, son nouveau président, Julien Saint-Aman, « a accompagné ce passage d’un festival à une saison » souligne le directeur et fondateur du festival Michaël Dian. « On lui doit d’être devenu une saison très tôt », avec aujourd’hui des concerts et résidences proposés de janvier à juin.

Des relations de compagnonnages avec des projets « dont nous avons été l’un des parents »

En plus du cadre privilégié de travail dans lequel se posent pour quelques jours des artistes à la renommée déjà établie, le festival est aussi devenu une piste de décollage pour des projets musicaux encore verts, avec qui des « compagnonnages » se nouent. Jadayel en 2012 avec le quatuor Bela et le duo Sabîl, lancé par le festival et qui a depuis joué partout en Europe mais aussi en Israël et Palestine. « C’était quelque chose de très fort, se souvient Michaël Dian, au point que l’on pense en ce moment à un « Jadayel 2 »». Parmi de nombreux autres exemples, il y a l’artiste haut-alpine Mandy Lerouge, accompagnée depuis ses débuts et qui prépare « quelque chose de très ambitieux pour l’été prochain pour marquer cet anniversaire », ou encore « le travail en cours avec Julien Grassen Barbe et tous les contes pour enfants que l’on a faits pour les écoles et les familles », égrène Michaël Dian. Sans aller jusqu’à dire que ces projets n’auraient pas vu le jour sans le festival, il en a été « l’un des parents » estime-t-il.

Savoir qui l’on est pour mieux savoir quels sont les choix que l’on opère

En allant sur ces trente ans, le festival se distingue aussi par sa longévité. Il rejoint la liste des événements fondés avant les années 2000, qui représentent un tiers des festivals encore en activité en 2024. Le changement de présidence ne marquera pas de rupture avec le passé. Après six années d’engagement, son prédécesseur Raphaël De Vivo souhaitait passer les rênes, et Julien Saint-Aman, membre du Conseil d’administration de longue date, a naturellement été proposé pour occuper cette fonction. Première suggestion du président : réfléchir aux fondamentaux de l’association. « J’ai trouvé la démarche était pleine de sens, explique Michaël Dian, non pas que l’on doute de nos fondamentaux, mais dans un moment où le paysage devient complexe, les orientations peuvent être brouillés par des éléments contextuels, des inquiétudes budgétaires, politiques. Il est bon de réaffirmer où sont les piliers de l’Espace Culturel de Chaillol. De savoir qui l’on est pour mieux savoir quels sont les choix que l’on opère »

À travers des entretiens semi-directifs, une dizaine de personnes intimement liées au festival vont « raconter l’histoire du festival par leur propre prisme », explique Michaël Dian, précisant que « des bénévoles sont là depuis le début et ont vécu les trente dernières années [l’équipe du festival]. Il est rentré dans leur vie et ils en sont devenus des chevilles ouvrières. Qu’est-ce que cela raconte et est-ce que l’on peut trouver dans leurs réponses des éléments qui expliqueraient la longévité du festival ? ».

Un anniversaire sans faste ni fard, à l’image du festival

« On ne va n’allons pas célébrer autre chose que ce que l’on est. Il n’y a pas de changement attendu, pas de feu d’artifice tous les soirs » sourit Michaël Dian. En revanche, à la demande de bénévoles, la grande « balade musicale » fera son retour avec la participation d’artistes qui ont marqué les précédentes éditions « pour renouer avec un format pratiqué pendant une quinzaine d’années ».

En attendant la diffusion de la programmation mi-avril, la saison de l’Espace Culturel de Chaillol a débuté avec « Grands répertoires » par les solistes de l’Orchestre national Avignon-Provence et se poursuit jusqu’en juin 2026.