JO d’hiver 2030 : services de l’État et carriers anticipent une hausse des besoins en ressources minérales pour le BTP
La cadence d’extraction des ressources minérales sera-t-elle suffisante pour répondre en local aux chantiers liés aux Jeux d’hiver de 2030, ou faudra-t-il en importer une partie ? Carriers et maîtres d’ouvrages potentiels se sont réunis en préfecture le 17 mars pour commencer à recenser les besoins et estimer la surconsommation induite.
Dans le petit monde des carrières, on est habitué au temps long. Les documents régionaux qui planifient les besoins et mettent en face les moyens de production par secteur sont établis pour dix à quinze ans. « Un dossier d’ouverture de carrière, c’est six à dix ans », cadre Jean-François Pascal, le président du syndicat des carriers des Hautes Alpes. Or, deux chantiers gourmands en pierre se profilent à plus brève échéance : les ouvrages liés aux JOP de 2030 et la rocade de Gap.
« La rocade de Gap, c’est deux carrières »
À elle-seule, « la rocade de Gap, c’est deux carrières », explique Jean-François Pascal, avant de préciser que dans le schéma régional des carrières, « il y a des grandes lignes qui prévoyaient la rocade. En revanche, les JO n’avaient pas été intégrés aux besoins prévisionnels et on pourra difficilement ouvrir de nouvelles carrières pour cela ». Les arrêtés préfectoraux autorisant les carrières prévoient une souplesse sur les quantités annuelles extraites de l’ordre de 5 à 10 %. Cela suffira-t-il à absorber ce pic de consommation ?
Une hausse des besoins qui reste à évaluer
La question est étudiée par la DREAL au sein de chaque région hôte des jeux. À ce stade, les services de l’État recensent les besoins à l’échelle des départements concernés en sondant les différents acteurs. SNCF Réseau pour la rénovation de la ligne des Alpes, la DIRMED pour la RN 94, le département pour ses routes, et les communes pour leurs besoins exceptionnels et quotidiens. « Sachant que l’activité du secteur immobilier [ndlr : en lien avec les JO] est difficilement identifiable », complète Jean-François Pascal.
Hasard malheureux du calendrier, l’autorisation accordée pour quinze ans d’extraction au fond de la retenue de Serre-Ponçon à Crots prend fin cette année. Pour autant, il reste une inconnue : « on sait ce qui a été autorisé, indique le président des carriers des Hautes-Alpes, mais peut-être que des dossiers sont en cours d’instruction et restent confidentiels ».
Dans les Alpes du sud, outre les enrochements, les travaux de rénovation des voies nécessiteront de grandes quantités de ballast. La carrière de Montmaur, principal fournisseur local, devra certainement décrocher une autorisation pour les trois prochaines années afin d’extraire plus que les quantités annuelles prévues par l’arrêté préfectoral.
« Pas assez de carrières, c’est plus de camions sur les routes »
Si le sud des Hautes-Alpes est à l’équilibre, voire excédentaire en extraction, la situation est autrement plus complexe dans le nord du département, déficitaire de longue date. Entre zones classées, cohabitation d’activités et zones résidentielles, ouvrir de nouvelles carrières dans un territoire escarpé relève de la gageure. Dernier exemple en date, le projet de carrière à La Roche de Rame abandonné en janvier 2025 « en l’état actuel des réglementations environnementales ». « Briançon s’éloigne tous les jours un peu plus de la ressource », déplore le président du syndicat des carriers, soulignant le fait que « pas assez de carrières, c’est plus de camions sur les routes », car il faut aller chercher la ressource plus loin. Moins de nuisances en local donc, mais plus de gaz à effet de serre. « Avec l’arrivée des JO on se retrouve dans une situation encore plus criante sur les matériaux d’enrochement, utilisés pour la consolidation des berges ou les talus des routes nationales , ajoute Jean-François Pascal.
« On va essayer de limiter le gaspillage de matériaux »
À défaut de pouvoir extraire suffisamment pour satisfaire la demande en local, reste la possibilité de recycler plus, ce que prévoient d’ailleurs les schémas régionaux des carriers. Mais là aussi la marge de manœuvre semble menue. Le Briançonnais, par manque de ressource et donc par nécessité, « était déjà à la pointe du recyclage bien avant que le schéma ne soit mis en place », assure Jean-François Pascal. Au sud, les travaux de rénovation des voies vont donner lieu au recyclage d’environ un tiers du ballast en place, estime le syndicat des carriers. Une petite partie serait réutilisée pour le même usage tandis que la grosse majorité alimenterait d’autres filières.
D’ici la fin de l’année, plusieurs autres réunions prévues doivent permettre de faire le point sur la surconsommation induite par les jeux afin de chercher des solutions pour y répondre en limitant les importations.