Train TER en gare de Gap / Photo : ram05

Fin de l’assistance en gare de Gap : une situation « inégalitaire au possible », proteste APF France handicap

Les personnes en situation de handicap ne bénéficient plus d’assistance en gare de Gap, même si celle-ci est équipée, et sont redirigées vers des taxis. Une situation contre laquelle s’insurgent APF France handicap et la CGT. La région annonce envisager de remettre partiellement le service en place.

La situation est « inégalitaire au possible pour les personnes en situation de handicap » : les conditions d’accès aux trains en général, et en particulier en gare de Gap, révoltent Catherine Duroc.

Il y a quelques années, les gares de Briançon, Embrun, Gap et Veynes proposaient de l’aide aux personnes en situation de handicap, se souvient la représentante d’APF France handicap pour les Hautes-Alpes et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Aujourd’hui, dans le département, l’assistance n’est plus proposée qu’à Briançon, du premier au dernier train, et à Embrun, aux heures d’ouverture du guichet, déplore-t-elle.

« À ce jour, en gare de Gap, il n’y a aucune assistance proposée aux personnes en situation de handicap. Elle a été remplacée par des véhicules de substitution, des taxis, pour rejoindre la gare la plus proche où l’on peut accéder au train », signale Catherine Duroc. Concrètement, « quand vous avez besoin d’assistance, déjà, vous devez prendre votre billet de train, et ensuite contacter le service Assist’enGare, qui va mettre en place l’assistance selon vos besoins. »

Résultat, « si vous voulez faire un Gap-Marseille actuellement, avec un besoin d’assistance, on va vous proposer un taxi de substitution de Gap à Manosque, qui est la gare de rabattement, et à Manosque, vous allez prendre le train jusqu’à Marseille », relate la voyageuse.

Une situation « incompréhensible »

Pourtant, il y a tout ce qu’il faut à Gap pour ce service d’assistance, fait remarquer l’association de défense des droits des personnes en situation de handicap. « Ce qui est vraiment incompréhensible, c’est que la gare a été mise en accessibilité, qu’il y a du matériel pour mettre les personnes dans le train ou les faire descendre, et des agents d’escale, formés à l’assistance aux personnes en situation de handicap », s’interroge Catherine Duroc.

Sollicitée par ram05, la région, autorité organisatrice des transports, a une vision différente (l’intégralité des réponses de la région est à retourver sous cet article). « L’assistance aux personnes en situation de handicap […] en gare de Gap est pleinement assurée aujourd’hui », estime-t-elle, notamment grâce à cette « prise en charge en taxi ». Une solution qui constituerait « un levier efficace pour garantir une couverture horaire étendue et fiable, répondant au mieux aux besoins des voyageurs, dans des conditions optimales de continuité de service. » Et si l’assistance par les agents en gare de Gap a cessé au 1ᵉʳ décembre 2024, c’est à cause d’une « décision unilatérale de SNCF Réseau », signale la collectivité.

La substitution par taxis comporte « des aléas supplémentaires »

Reste que la substitution par taxi génère de nombreux désagréments, témoigne Catherine Duroc. « Le système de transport par taxi de substitution, c’est bien, c’est mieux que quelque chose qui n’existe pas. Par contre, il y a des aléas supplémentaires » :

  • La météo, les routes enneigées : « j’ai eu des expériences très compliquées »
  • Les annulations de taxis « peu de temps avant la course » : « on ne vous retrouve pas de taxi, vous avez des retards »
  • Les routes sinueuses de montagne : « dans un véhicule, vous êtes beaucoup plus secoué, et si vous êtes sur l’essieu arrière, vous prenez tous les à-coups de la route, c’est inconfortable »
  • Les accompagnants : « vous ne pouvez emmener en taxi qu’un accompagnant, si vous voulez aller en voyage avec votre petite famille, vous ne pouvez pas »

« La Région assure un suivi régulier du dispositif et s’appuie sur les retours d’expérience pour en améliorer en permanence le fonctionnement », déclare-t-elle à ce sujet à ram05. « En cas de difficulté rencontrée, les usagers sont invités à se rapprocher du service Assist’enGare ».

Un retour partiel de l’assistance en gare de Gap à l’étude

Quoiqu’il en soit, APF France handicap demande que l’assistance aux personnes en situation de handicap soit proposée dans les gares qui disposent des moyens matériels et humains adéquats, comme à Gap. Il en va du respect de la liberté de circulation, un « droit fondamental », rappelle-t-elle. L’association est appuyée par la CGT Ligne des Alpes : « nous demandons que la prise en charge soit faite par les agents d’escale du premier au dernier train, pour un accompagnement digne, efficace et humain des voyageurs en situation de handicap », déclare Aimerick Ramos, représentant presse.

La région assure que « des travaux sont actuellement engagés » avec la SNCF pour « identifier de nouvelles marges d’amélioration ». Objectif : remettre en place, « lorsque les conditions opérationnelles le permettent, une prise en charge directe en gare par du personnel formé ». Le cas échéant, il s’agirait d’une « organisation mixte, qui ne pourrait écarter totalement le recours à la prise en charge par taxi ».

En 2029, un escadron mobile à la place des agents d’escale ?

Quant au projet de passerelle au-dessus des voies à Gap à la place de la traversée piétonne, ce n’est pas une solution, pour Catherine Duroc. En effet, reste le problème des ascenseurs qui peuvent tomber en panne, et les personnes présentant un handicap visuel ou psychique auront toujours besoin d’aide. Sur ce point, la région déclare qu’« une assistance restera proposée dès lors que du personnel formé est présent en gare, sur réservation comme aujourd’hui, et pourra être complétée par une aide ponctuelle en fonction des situations ».

Enfin, les agents d’escale, formés à l’assistance aux personnes en situation de handicap, devraient totalement disparaître de la gare de Gap dans quelques années, signale la CGT. « À partir du 1er décembre 2029, il n’y aura plus d’agents d’escale en gare de Gap. Ils mettent en organisation un escadron mobile qui va poser quand même pas mal de problèmes à la clientèle. Avec l’aide humaine de proximité, ça risque d’être compliqué. » Questionnée sur ce point, la région botte en touche.


Voici ci-dessous l’intégralité des réponses de la région reçues par ram05 le 07/05/26.

1/ D’après APF France Handicap et la CGT Ligne des Alpes, l’assistance en gare de Gap a été remplacée par des substitutions en taxi depuis le 01/09/24, bien que la gare ait été mise en accessibilité, et que du matériel et des agents formés soient disponibles sur place.

Confirmez-vous ces éléments ? Pour quelle raison cette décision a-t-elle été prise ?

La Région tient à rappeler que l’assistance aux personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite en gare de Gap est pleinement assurée aujourd’hui, notamment grâce à un dispositif d’accompagnement reposant en grande partie sur des solutions de transport adaptées, dont la prise en charge en taxi. Ce choix ne procède toutefois ni d’un désengagement, ni d’une suppression du service, mais résulte de la décision unilatérale de SNCF Réseau de cesser, au 31 décembre 2023, l’assistance auparavant assurée par ses agents, du premier au dernier train, sans solution alternative proposée.

Pour garantir la continuité du service et préserver un accès au train pour l’ensemble des usagers concernés, la Région s’est pleinement mobilisée en déployant, avec son exploitant SNCF Voyageurs, un dispositif d’accompagnement adapté. Celui-ci permet aujourd’hui d’assurer une assistance sur une large amplitude horaire, du premier au dernier train.

Dans ce cadre, le recours à des solutions souples telles que le taxi constitue un levier efficace pour garantir une couverture horaire étendue et fiable, répondant au mieux aux besoins des voyageurs, dans des conditions optimales de continuité de service.

2/ Ces structures signalent que la substitution en taxi en zone de montagne génèrerait des dysfonctionnements (retards, désistements…).

Que leur répondez-vous ?

En zone de montagne, où les conditions géographiques et climatiques peuvent être exigeantes, certains aléas ponctuels peuvent influencer les conditions de circulation, comme c’est le cas pour l’ensemble des services de transport routier. Consciente de ces spécificités, la Région a conçu son dispositif d’assistance de manière à intégrer ces contraintes et à garantir la meilleure continuité de service possible, y compris dans des contextes parfois complexes.

Particulièrement attentive à la qualité de service rendu aux usagers, la Région assure un suivi régulier du dispositif et s’appuie sur les retours d’expérience pour en améliorer en permanence le fonctionnement. Cette démarche d’amélioration continue permet d’ajuster les modalités d’organisation et de renforcer la fiabilité des prises en charge, dans l’intérêt des voyageurs.

En cas de difficulté rencontrée, les usagers sont invités à se rapprocher du service Assist’enGare, afin que chaque situation puisse être prise en compte et contribuer à l’amélioration du service.

3/ Elles demandent que l’assistance aux personnes en situation de handicap soit proposée dans les gares qui disposent du matériel et du personnel adéquat, y compris à Gap donc.

Que leur répondez-vous ?

En gare de Gap, la Région s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue et ne considère pas l’organisation actuelle de l’assistance comme définitive. Depuis le retrait des agents de SNCF Réseau, le service a fait l’objet d’ajustements progressifs et de renforcements successifs afin d’améliorer sa qualité et son accessibilité pour les personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite.

Des travaux sont actuellement engagés avec l’exploitant afin d’identifier de nouvelles marges d’amélioration permettant, lorsque les conditions opérationnelles le permettent, une prise en charge directe en gare par du personnel formé. Un tel dispositif relèverait cependant nécessairement d’une organisation mixte, qui ne pourrait écarter totalement le recours à la prise en charge par taxi, notamment en début et en fin de service, pour garantir une amplitude horaire cohérente et un service fiable pour les usagers.

4/ Elles signalent que le projet de passerelle avec ascenseur en gare de Gap sera inadapté aux personnes présentant un déficit visuel ou psychique.

Que leur répondez-vous ?

Le projet de mise en accessibilité de la gare de Gap, porté par la Région, repose sur la création d’une passerelle équipée d’ascenseurs en remplacement de la traversée des voies piétonne. Il vise à garantir un accès sécurisé et conforme aux normes d’accessibilité pour tous les voyageurs. Il s’inscrit dans un programme global d’amélioration de l’accessibilité, mené en cohérence avec le déploiement de matériel roulant entièrement accessible sur la ligne.

Les personnes à mobilité réduite ou en situation de handicap, y compris celles présentant un handicap visuel, pourront accéder aux trains dans des conditions d’autonomie nettement renforcées, répondant ainsi à une attente forte des usagers.

La Région demeure toutefois attentive aux besoins spécifiques, notamment les voyageurs occasionnels ou les personnes en situation de handicap visuel ou psychique, qui peuvent nécessiter un accompagnement humain pour s’orienter et cheminer en gare. Conformément au cadre réglementaire en vigueur, une assistance restera proposée dès lors que du personnel formé est présent en gare, sur réservation comme aujourd’hui, et pourra être complétée par une aide ponctuelle en fonction des situations.

L’objectif poursuivi est ainsi de concilier une accessibilité physique totale des infrastructures avec le maintien de solutions d’accompagnement adaptées aux besoins des personnes qui demeurent dépendantes d’une aide humaine.

5/ Selon la CGT Ligne des Alpes, les agents d’escale disparaîtront au 01/12/29 pour être remplacés par des agents mobiles.

Confirmez-vous cette information ? Pour quelle raison cette décision a-t-elle été prise ?

La Région veille à adapter ses moyens de manière juste et efficace. L’objectif de la Région est clair : garantir un service de qualité pour tous, en s’appuyant à la fois sur des infrastructures accessibles, une plus grande autonomie des voyageurs et une présence humaine ajustée aux besoins.