Dépistage gratuit à Briançon : en cas de problème auditif non soigné, « notre cerveau va plus vite vers une dégradation »
De nombreuses personnes touchées par un problème de l’audition ne font pas la démarche d’y remédier. Pourtant, cette déficience augmente les risques d’une perte d’autonomie et d’une « dégradation » du cerveau chez les plus âgés. Un dépistage gratuit est organisé à Briançon ce 12 mars.
En France, environ un quart des 18-75 ans présente une déficience auditive, une proportion qui grimpe à 65 % chez les plus de 65 ans, selon des chiffres de 2022 de l’INSERM, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Et pourtant, « se rapprocher du système de santé pour remédier à un problème de l’audition, c’est encore un pas à franchir pour beaucoup de gens », déplore le docteur Flavio Perottino, responsable du service ORL au centre hospitalier des Escartons de Briançon. En effet, seuls 37 % des adultes touchés par une déficience auditive invalidante portent une prothèse, d’après l’INSERM.
C’est justement pour remédier à ce problème qu’un dépistage gratuit est organisé demain à l’hôpital de Briançon, dans le cadre de la journée nationale de l’audition. Une opération menée depuis une quinzaine d’années et qui permet de réaliser à chaque fois entre 50 et 60 bilans auditifs, se félicite le docteur Perottino.
Des conséquences sur le cerveau
L’évènement se destine à un public de tous âges, même si « les personnes plus âgées sont plus concernées » à cause du vieillissement de l’organe auditif : celui-ci « commence à se dégrader naturellement à partir de la soixantaine ». Une déficience qui peut alors avoir des conséquences plus larges si le problème n’est pas traité.
« Si l’on a un problème d’audition mais que l’on n’y remède pas, on a tendance à réduire nos apports, nos informations neuronales, et notre cerveau va plus vite vers une dégradation, une perte d’autonomie, une démence. Cela ne va pas toucher que la problématique de l’audition, mais aussi toute la capacité neuronale », résume le médecin briançonnais.
Conséquence, « il y a 50 % de plus de risques de finir dans un EHPAD si l’on a pas remédié à un problème auditif au bon moment », rapporte le docteur Perottino, selon une étude ayant comparé deux populations rencontrant une déficience auditive, l’une l’ayant fait traiter, l’autre non.
Les freins au dépistage
Si les personnes touchées ne s’adressent pas au corps médical, c’est à cause de plusieurs « peurs », relève le médecin : « la peur que les gens puissent nous considérer plus âgés si l’on a un appareil auditif, mais aussi la peur du coût d’investissement pour trouver un remède, ou encore la peur d’un geste chirurgical. »
Pourtant, il existe aujourd’hui « des chirurgies sous anesthésie locale et des appareils implantables, qui sont en plus pris en charge à 100 % par la sécurité sociale », bien que « cette information ne passe pas vraiment vers la population qui en a besoin », regrette le spécialiste.
Le dépistage gratuit à l’hôpital de Briançon a lieu ce jeudi de 9 h à 16 h, sur rendez-vous, au 04 92 25 23 21.
Sensibiliser les plus jeunes
En parallèle, une opération similaire est menée au lycée de Briançon. En effet, la surdité peut survenir à n’importe quel âge, principalement à cause de traumatismes acoustiques, mais aussi de maladies, d’accidents ou encore de toxicités médicamenteuses, liste l’INSERM. C’est pourquoi les soignants s’adressent aussi aux plus jeunes.
« Il faut les motiver à éviter de, excusez-moi le mot, « bousiller » leurs oreilles un peu trop, avec des musiques trop fortes ou des activités sans protection », déclare le docteur Perottino. « Il faut les informer du besoin de protéger l’organe auditif à la longue. Et parfois, dans ces dépistages à l’école, on trouve aussi des enfants et des adolescents qui ne s’étaient pas occupés de surdité ou d’un problème qui nécessite des explorations. »
L’enjeu est « d’éduquer et de préparer à la vie qui vient, lors de laquelle l’organe de l‘audition mérite toutes les attentions pour pouvoir en profiter le plus longtemps sans aide. »