Village olympique 2030 : un projet ficelé, mais une pâle concertation
Les Jeux olympiques 2030 se concrétisent un peu plus dans le Briançonnais. Mercredi 17 juin, au cinéma Cosmo, a été présenté en réunion publique, le projet de village olympique. Quid du Fort des Trois Têtes, de l’ancienne usine de la Schappe et de la télécabine entre ville haute et ville basse ?
Ce rendez-vous s’inscrivait au menu de la concertation, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que les contours du village olympique sont entièrement ficelés. D’abord, pas de débat, les athlètes seront bien accueillis au Fort des Têtes, tandis que les bénévoles et forces de l’ordre devraient atterrir dans l’ancienne usine de la Schappe.
Les opérateurs ont été sélectionnés : Linkcity, Elegia, Icade pour la maîtrise d’œuvre, Edifim pour la promotion immobilière, Unicil pour les baux sociaux, Jean-Michel Wilmotte, Nathalie d’Artigues et Philippe Prost pour l’architecture. Chaque site aura son groupement d’entreprises, avec une part belle au local : 40% pour le premier, 70 pour le second. Le financement, lui aussi, est acté : 133 millions d’euros, dont 62 millions de fonds privés et 71 millions de subventions publiques. Cette deuxième part sera majoritairement à la charge de l’Etat et la Région, reste 20% à dispatcher entre la ville, la Communauté de Communes, le département des Hautes-Alpes et la SPL Eau Services Haute-Durance. Ajoutez à cela 14 millions d'euros pour la partie modulaire et démontable du village olympique, pris en charge par le Cojop.
Promesse "zéro artificialisation des sols"
Au Fort des Trois Têtes, les remparts et quatre bâtiments existants vont être rénovés d’ici fin 2029. Les cellules militaires seront réaménagées en chambre pour le millier de sportifs et accompagnateurs présents le temps des Jeux. A côté de ça, six structures provisoires seront érigées, pour accueillir réfectoire, salle de sport, ou encore espace de rencontre avec les médias.
Post-JO cette fois, ces cellules se transformeront en appartements tandis que les cinq autres bâtiments seront réhabilités. On trouvera à terme, un hôtel, des services, de la culture et pas moins de cent logements, dont soixante-douze en accession à la propriété destinés obligatoirement à des habitants à l’année. Des photos de synthèse des futurs intérieurs ont été projeté et décrites dans la salle de cinéma, allant jusqu’à justifier la couleur des volets. Autres photos, des vues aériennes du Fort classé à l’UNESCO avant et après les travaux. La différence semble quasi-nulle, « c’est le but ! » se réjouit la SOLIDEO Alpes 2030, responsable des ouvrages, qui mise sur la sobriété.
Plus bas dans la ville, la Schappe - qui était une option jusqu'ici pour des raisons budgétaires - fait bien partie du projet. Après les Jeux, l’ex-usine de textile proposera 117 logements, plus lumineux et plus luxueux qu’aux Têtes, tous en accession libre, et 1.000 m² de commerces en rez-de-chaussée. Le stationnement public de la Schappe « ne sera pas amputé d’une seule place ! », certifie le maire Arnaud Murgia.

Un volet "mobilité" important
La mobilité est un enjeu primordial selon les artisans du projet. La majorité des travaux qui s'y affèrent concerne l’accès au Fort, et pour cause, « Vauban a bien fait son travail » sourit Pierre Bossard, directeur des sites du Briançonnais à la SOLIDEO.
Ainsi, pour désenclaver ce futur quartier, la route de l’Izoard qui mène au Fort va subir de lourds travaux durant un an et demi. Nouveau giratoire au niveau de la déchetterie pour abaisser la vitesse des véhicules, élargissements ponctuels de la voie afin de faciliter croisements et visibilité, sans oublier tous les raccordements nécessaires au Fort qui vont être enfouis tout du long (eau potable, eau usées, électricité et fibre optique).
Du stationnement au Fort est prévu : 112 places à l’intérieur des remparts, et d’autres en supplément sur le champ de tir. Mais le gros morceau, et c’était un grand point d’interrogation, c’est ce transport câblé pratiquement confirmé désormais. Il s’agirait de deux télécabines de type va-et-vient de 16 places. Elles relieraient le Fort à la Schappe, en passant par la Gargouille au niveau de la Porte Dauphine. L’infrastructure ne nécessiterait pratiquement aucun pylône, et l’automatisation serait maximale pour permettre une ouverture très large : 6H-23H, 7 jours sur 7, selon les annonces. La ville de Briançon attend les dernières études pour confirmer la viabilité financière à long terme.
Une concertation... vraiment ?
Le projet est clairement très avancé, et pourrait difficilement l’être davantage. « On sait qu'on va le faire, on sait qu'on peut le faire, et on sait qu'on a les sous pour le faire » résume Arnaud Murgia. Pourtant, le maire de Briançon maintient que « beaucoup de choses sont encore amendables » concernant « la circulation, le stationnement, la mobilité décarbonée ou encore le logement ». « Aujourd'hui, c'est un point de départ », insiste-il, « il y a encore beaucoup de travail avec les opérateurs pour faire aménager le projet ».
Dans la salle, la présentation du projet fait grincer des dents, et le temps d'échange prévu en fin de séance vire parfois à l’affrontement. Il faut dire que certains sièges sont occupés par des opposants politiques d’Arnaud Murgia, mais aussi des opposants marqués au Jeux Olympiques d’hiver dans les Alpes ainsi qu'à la transformation du Fort en nouveau quartier. Parmi eux, Maurice (86 ans), qui y voit une hérésie financière. « Jusqu'ici, c'était l'armée qui l'entretenait, donc l'État. Alors que là, ce sont les Briançonnais qui vont se taper l'entretien des remparts, du téléphérique, etc. Ça alourdit encore les finances et l'endettement de la commune en période de difficultés financières partout ».
L'ancien guide et moniteur de ski fustige également l'argument « touristique » mis en avant par la ville et la SOLIDEO. « Actuellement, ils peuvent découvrir les voûtes, les réserves de munitions, les dortoirs... Mais quand ce sera rénové et privatisé, qu'est-ce qu'ils vont voir les touristes ? Ils vont avoir bonne mine de regarder les murs extérieurs ! ». Maurice assure qu'il n'est pas contre la rénovation du Fort des Têtes, mais pour lui « c'est un patrimoine national où on pouvait faire autre chose dedans, de la culture » par exemple.
Une seconde réunion à venir
Du côté des citoyens lambdas, des riverains, on est plutôt mitigé ! Certains estiment le projet trop avancé pour amender quoi que soit de significatif, quand d’autres s'inquiètent des délais extrêmement courts pour abattre autant de travaux qui pourrait finir en malfaçons. Des regrets aussi, sur le manque de temps laissé aux échanges. Il y a eu une heure de questions/réponses, mais c’est vrai, beaucoup n’ont pas réussi à poser la leur.
Pour eux, mais aussi pour la centaine de personnes restée aux portes du cinéma Cosmo - faute de places suffisantes - Arnaud Murgia et la SOLIDEO se sont engagés à une deuxième présentation du projet. Depuis, aucune date n'a été communiqué. Vous pouvez néanmoins retrouvé ce projet sur le site www.participationcitoyenne.solideo-2030.com. Cependant, il n'est plus possible d'y déposer son avis puisque la phase de concertation s'est achevée le 26 juin. La SOLIDEO promet de tirer un bilan de toutes les contributions déposées sur internet et sur le registre papier de la mairie, mais ne garantie pas d’en tenir compte.
