Cyanobactéries toxinogènes détectées au lac de Pelleautier : une « situation inédite » pour les Hautes-Alpes
Les analyses menées suite aux décès de canidés s’étant baignés au plan d’eau de Pelleautier ont révélé la présence de cyanobactéries benthiques toxinogènes, sans qu’un lien de cause à effet ne soit démontré. L’agence régionale de santé recommande « une gestion de précaution » de la retenue.
C’est confirmé : des cyanobactéries ont bien été détectées dans le plan d’eau de Pelleautier. L’hypothèse avait été soulevée depuis les intoxications, et parfois la mort, de plusieurs chiens s’y étant baignés au début du printemps, comme l’avait relaté le Dauphiné Libéré.
Suite à cet épisode, l’ASA du Canal de Gap, propriétaire de la retenue agricole, avait commandé des analyses à un laboratoire agréé. Bilan : des cyanobactéries benthiques toxinogènes étaient présentes dans l’eau au moment du prélèvement et l’anatoxine-a a été détectée, « avec une répartition « Patchy » en des points propices », précise Vincent de Truchis, le directeur. Autrement dit, de manière inégale et localisée.
Une première dans le département
« La situation du lac de Pelleautier est inédite sur les Hautes-Alpes », observe Christel-Aurore Machado, directrice de la délégation haut-alpine de l’agence régionale de santé : la retenue « est la première qui identifie des cyanobactéries dans le département. »
« Toutefois, cette situation correspond à ces cas déjà connus en France : plan d’eau à faible courant, peu de nutriments », ajoute l’ARS. « Les proliférations [de cyanobactéries] sont constatées dans les eaux de surface », et le « nombre de sites concernés semble augmenter » sur « l’ensemble du territoire français ».
« Certaines espèces peuvent produire des toxines »
Les cyanobactéries sont des microorganismes « naturellement présents dans les milieux aquatiques. Elles peuvent se développer lorsque les conditions sont favorables », à savoir : avec un « apport en nutriments, notamment azote et phosphore, dans des eaux stagnantes ou lentes, par la chaleur et par l’ensoleillement ». L’azote et le phosphore « peuvent avoir des origines multiples », détaille l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail : « effluents d’élevage, compost, boues de station de traitement des eaux usées, engrais épandus sur les sols, rejets d’eaux usées insuffisamment traités, lessivage des sols lors d’épisodes pluvieux importants ».
Pour les cyanobactéries benthiques, « les connaissances sont limitées ; elles sont observées dans des cours d’eau peu profonds », poursuit Christel-Aurore Machado. Elles ont la particularité de vivre « fixées au fond ou sur des supports : galets, rochers, sable, sédiments, végétaux aquatiques. Elles forment des biofilms : plaques ou amas sombres, légèrement gluants. Ces biofilms peuvent se décrocher et flotter ou s’accumuler sur les berges sous forme de flocs », et « certaines espèces peuvent produire des toxines ».
En cas d’ingestion ou de contact avec ces toxines, les symptômes chez l’humain « peuvent être digestifs, cutanés, oculaires, respiratoires, fébriles ou neurologiques. En cas d’eau colorée, d’amas suspects, de plaques ou flocs au fond ou en surface, il faut éviter la baignade, ne pas laisser les enfants jouer avec les dépôts, éviter d’avaler l’eau » et éloigner les chiens.
Quelle gestion du plan d’eau ?
Pour autant, « une détection ne signifie pas que le site restera contaminé durablement », les cyanobactéries pouvant apparaître et disparaître rapidement, précise Christel-Aurore Machado.
L’agence annonce être en contact avec le propriétaire et lui avoir « recommandé une gestion de précaution : information renforcée du public, maintien de l’interdiction de baignade, éloignement des animaux, surveillance régulière du phénomène ». « Nous allons produire une signalétique « informative » », déclare Vincent de Truchis. De plus, l’ARS « a conseillé au gestionnaire, tout au long de la saison et selon ce qu’il constate visuellement, de faire d’autres analyses ». Un suivi de la qualité de l’eau est en effet prévu par l’ASA, « pas automatique et systématique mais pour mieux comprendre ».
Une enquête judiciaire qui « s’apprête à être classée »
De son côté, suite à plusieurs plaintes de propriétaires de chiens intoxiqués, le parquet de Gap avait ouvert une enquête pour déterminer s’il s’agissait d’un « empoisonnement volontaire ». Une piste désormais écartée par la justice.
En effet, dans ce cadre, deux nécropsies ont été réalisées. Les analyses, visant à rechercher des agents pathogènes susceptibles d’avoir été utilisés pour un acte délibéré, de type mort aux rats ou boulettes empoisonnées, se sont révélées négatives. « La procédure s’apprête donc à être classée », annonce Marion Lozac’hmeur, procureure de la République de Gap, à ram05.
Quant à savoir si les chiens ont été victimes des toxines produites par les cyanobactéries, cela n’entrait pas dans le champ de l’enquête dont la justice était saisie, ajoute la magistrate.