Sobriété numérique : à Veynes, une convention citoyenne a fait émerger des solutions concrètes et locales
À Veynes, une convention citoyenne consacrée à la sobriété numérique a réuni pendant plusieurs mois douze habitants aux profils variés. Soutenue par le programme national AltImpact, porté notamment par l’ADEME, l’INRIA et le CNRS, cette initiative visait à faire émerger des propositions locales pour réduire l’impact environnemental du numérique.
Comprendre les impacts du numérique
Pour Philippe Marquet, enseignant-chercheur et animateur scientifique de la démarche, la première étape a d’abord consisté à « mettre les participants dans des conditions favorables pour comprendre les enjeux ». Les ateliers ont permis de cerner l’impact environnemental de l’ensemble du cycle de vie des équipements numériques, de leur fabrication à leur recyclage.
Un constat a particulièrement marqué les participants : « 80 % des émissions de gaz à effet de serre du numérique sont liées à la fabrication des équipements », rappelle Rémy Giraud, membre de la convention. Smartphones et ordinateurs concentrent ainsi l’essentiel des impacts, bien davantage que les datacenters, souvent pointés du doigt.
Les échanges ont aussi mis en lumière les risques, théorisés dès le 19ème siècle, de « l’effet rebond » : des technologies plus efficaces entraînent souvent une hausse globale des usages et donc des consommations.
Une réflexion collective sur les usages
Au-delà des aspects techniques, la convention a interrogé la place du numérique dans la société. « La sobriété, c’est se poser la question des besoins », souligne Philippe Marquet. L’objectif : réfléchir collectivement à des usages compatibles avec les « limites planétaires ».
Pendant plusieurs ateliers, les citoyens ont travaillé en petits groupes pour élaborer des propositions concrètes destinées au Centre de ressources de Veynes. Parmi elles : la création d’un kit pédagogique sur le numérique, une charte locale de sobriété numérique ou encore des actions de médiation pour accompagner les personnes éloignées des outils numériques.
Les participants proposent également de sensibiliser les écoles et une communication municipale « exemplaire » en termes de sobriété numérique, potentiellement moins dépendante des réseaux sociaux et du « tout-numérique ».
« Une super expérience humaine»
Pour Rémy Giraud, cette convention a démontré que « des citoyens peuvent élaborer des propositions pertinentes ». Il retient aussi « une super expérience humaine », nourrie par la diversité des participants.
Certaines mesures ont déjà commencé à être mises en œuvre par le Centre de ressources. Une preuve, selon les organisateurs, que ce type de démarche participative peut faire émerger des solutions locales et nourrir le débat public autour des enjeux numériques.