31 min Le Mag'

L’Engloutie, de Louise Hémon : un western magique et sensuel

L’Engloutie, sorti en salles le 24 décembre 2025, se déroule à l’hiver 1899-1900, lorsque Aimée, jeune institutrice républicaine, débarque dans un hameau isolé de montagne pour faire la classe à une poignée d’enfants. « C’est le frottement, la rencontre entre deux modes de croyances », explique Louise Hémon, entre la rationalité de l’État et un univers rural marqué par les superstitions. Le film, tourné dans les Hautes-Alpes, est conçu comme « un conte », mêlant chronique réaliste et éléments fantastiques, dans une veine revendiquée de réalisme magique.

Un ancrage historique et sensoriel

Le scénario se base sur des sources familiales et historiques, notamment les récits d’institutrices envoyées dans des territoires reculés au début du XXᵉ siècle. De plus, « le film s’appuie sur un réalisme de la langue, des corps, des visages », via des acteurs non-professionnels locaux, l’usage de l’occitan alpin, des décors naturels et des conditions de tournage exigeantes, explique la réalisatrice.

La mise en scène privilégie une forte dimension sensorielle : froid, vent, silence, sons de la montagne. La sensualité et la sexualité traversent également le film : ce travail étant pour Aimée « son premier espace de liberté », « je ne voyais pas comment ne pas traiter le désir », souligne Louise Hémon. La réalisatrice assume par ailleurs une démarche féministe, montrant une héroïne autonome, politisée et consciente de son corps : « ce qui m’intéressait, c’était de dépoussiérer la vision qu’on a des jeunes filles dans les films d’époque ».

Une œuvre ouverte à l’interprétation

La musique, rare mais marquante, et le format d’image presque carré participent à l’étrangeté du récit. Le film, présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, a reçu un accueil favorable. De la soixantaine d’avant-premières présentées en France, la réalisatrice retient surtout les échanges avec le public : « il y a ceux qui lisent le film de manière totalement rationnelle, et ceux qui se laissent aller et pour qui c’est un conte ». Une pluralité de regards à l’image d’un film volontairement ouvert.