Ourdoormix Festival 2025 © Rémi Morel

L’escalade, un axe de développement « éminemment stratégique » pour les Hautes-Alpes, selon l’Agence de développement

De retour du Salon international de l’escalade à Paris, l’Agence de développement des Hautes-Alpes a réaffirmé que l’escalade outdoor et l’alpinisme représentaient des axes de développement « éminemment stratégiques ». Un positionnement de longue date qu’elle continue de conforter aujourd’hui.

Avec deux millions de personnes l’ayant pratiqué au moins une fois au cours des douze derniers mois, l’escalade s’est hissé à la vingt-quatrième place des sports les plus pratiqués en France, à égalité avec le volley et devant le handball, selon les chiffres de l’Observatoire de l’escalade. Un public que l’Agence de Développement des Hautes-Alpes veut – et parvient déjà – à capter.

« Un concentré de sites, de personnalités et d’événements »

12,4 % des clients en séjour dans les Hautes-Alpes pratiquent l’escalade ou l’alpinisme en saison, selon une enquête BVA. Directeur de l’Agence de Développement, Yvan Chaix estime que le département bénéficie d’« un concentré de sites, de personnalités et d’événements : si vous parlez des sites de Céüse, d’Ailefroide ou d’Orpierre, les gens vous situent précisément sur la carte. On a un réseau de professionnels et des figures très médiatiques comme Benjamin Védrines ou Mathieu Maynadier. Et on a aussi de grands événements qui font la promotion de la discipline : le mondial de l’escalade à Briançon, l’Outdoormix et le Tout à bloc. »

Même constat pour les salles d’escalade, qui se sont multipliées dans le département : Briançon, Les Orres, le Dévoluy, Gap, Embrun, Guillestre, Centre Alpin de l’Eychauda. Mais sur le plan économique, les retombées économiques « servent surtout le secteur marchand qui s’est imposé, avec l’émergence des salles de blocs comme Bloc 27 à Briançon », analyse Elsa Loury, chargée de développement pour la FFCAM Hautes-Alpes. Si « la croissance des salles d’escalade privées est énorme en France, celle-ci répond surtout à une demande citadine qui va au-delà de la pratique de l’escalade, puisque ces salles s’apparentent plus à des complexes avec d’autres prestations (yoga, spa, restauration, concert…) », complète-t-elle.

Une stratégie basée majoritairement sur l’Outdoor

Toutefois, ce sont surtout sur les retombées indirectes que mise l’Agence de développement. « Une fois que les pratiquants sont initiés en indoor, ils assouvissent leur passion en outdoor », calcule Yvan Chaix. La stratégie consiste donc à profiter de l’essor des salles urbaines en attirant leurs grimpeurs sur les sites d’escalade locaux. « On est allé au devant des grands gestionnaires de salle pour qu’ils fassent la promotion de notre territoire auprès de leurs pratiquants. Certaines initiatives ont marché de façon étonnante. Lorsque vous fréquentez ces grandes salles – quels que soient les enseignes et le lieu – vous avez des offres promotionnelles sur nos sites haut-alpins et des jeux concours sont mis en place pour que des séjours de découverte dans le département » explique-t-il. Parmi les visiteurs qui viennent fréquenter les sites haut-alpins, il y a également « des profils internationaux, très jeune » précise-t-il. « [Les grimpeurs et alpinistes] participent à l’économie, ils consomment et c’est pour cela que c’est un pilier de développement depuis la création de l’Agence de développement », souligne Yvan Chaix

Bons équipement, bonnes offres de services et bonne promotion

Pour que la mayonnaise prenne, l’Agence de Développement a appliqué la même recette que pour ses autres activités. « D’abord en aménageant les sites : quatorze sites d’escalade créés pour les plus jeunes, à proximité immédiate des villages des grandes vallées de l’alpinisme. Ensuite, on mobilise le réseau de professionnels, on accompagne les organisateurs de grands événements sportifs, et on fait beaucoup de promotion. Nous multiplions les initiatives pour que nous ayons les bons équipements, qu’ils soient bien aménagés, avec les bonnes offres de service et bien entretenus », détaille Yvan Chaix.

Une pratique « libertaire » très française

Reste un impensé dans l’essor de la pratique outdoor. L’escalade en milieu naturel se pratique en France dans une culture « libertaire » décrypte Elsa Loury. En effet, « Sur deux millions de pratiquants en France, seulement 250 000 sont licenciés, tandis qu’en Suisse, Italie et en Autriche, quasiment tous les pratiquants sont licenciés et participent de ce fait à l’entretien des lieux de pratique » indique-t-elle. Or, l’aménagement des sites naturels « représente un coût pour les fédérations puisqu’elles s’investissent dans l’entretien, la gestion des sites, et la négociation des conventions avec les propriétaires », rappelle Elsa Loury.

À l’échelle départementale, le nombre de licenciés FFCAM a fait un bond sur la dernière décennie, passant d’un effectif (tous sports de montagne confondus) de 2 370 en 2013 à 3 726 en 2026, soit une augmentation de 57%. Pour la FFCAM, cette croissance résulte du plan stratégique qu’elle a mis en place, tels que les dispositifs pour les jeunes (écoles d’escalade, école d’aventure, camp 4….), le développement des groupes féminins (dans les Hautes Alpes : le groupe première de cordée, et d’autres groupes initiés par les clubs), les événements grands publics et le plan de formation à l’autonomie en montagne pour les pratiquants.