Gypaète barbu / Chme82, CC BY-SA 4.0 <creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons

Gypaète dans les Écrins : ici on couve, prière de ne pas déranger

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Le gypaète barbu poursuit son retour dans le Parc national des Écrins, avec deux nouveaux couples installés depuis cet automne. Des zones de protection sont définies pour éviter tout dérangement de l’oiseau jusqu’à l’été prochain.

Il avait disparu des Alpes au début du XXème siècle, victime de méfiance et de méconnaissance dues probablement à son régime alimentaire particulier. Le gypaète barbu, nécrophage ultime, arrive en effet en dernier sur les carcasses d’animaux et se nourrit des os, délaissés par les autres charognards.

Un siècle plus tard, l’espèce retrouve de plus en plus ses marques dans l’arc alpin, grâce à un programme de réintroduction fructueux lancé en 1986. À l’heure actuelle, plus de 230 oiseaux, élevés dans des centres spécialisés, ont été lâchés sur ce massif. Une démarche qui se poursuit toujours : en France, les lâchers se concentrent maintenant surtout dans le Vercors et les Baronnies Provençales, pour tenter de rétablir un noyau de population entre les Alpes et les Pyrénées.

Bilan : la population du massif alpin est « actuellement en développement », observe Yoann Bunz, chargé de mission faune vertébrée au Parc national des Écrins. Elle se chiffre à environ 250 à 300 individus, dont 80 couples connus.

« Le gypaète barbu est un exemple de réintroduction qui a plutôt bien fonctionné », note le spécialiste, et sa population « commence à retrouver un fonctionnement naturel » avec des reproductions réussies.

Yoann Bunz récapitule l’état des lieux de la présence du gypaète barbu dans le Parc des Écrins.

« 1er couple : 2018. Ensuite on a un second couple qui apparaît en 2021.

Et cette année, c’est la nouveauté, on a un 3ème couple qui s’est installé, et un 4ème couple, particulier car constitué de deux mâles, découvert dans le Champsaur il y a quelques semaines.

Donc on voit qu’on est vraiment en phase de colonisation de l’espèce », résume Yoann Bunz.

Quatre couples, dont un qui est en réalité un trio, sont donc répertoriés dans le Parc. Des oiseaux qui peuvent, pour leur reproduction annuelle, réutiliser une aire déjà investie précédemment ou en créer une nouvelle. Pour le moment, « toutes les zones favorables sont vraiment loin d’être colonisées, on est au tout début » de la réinstallation du gypaète dans les Écrins, précise Yoann Bunz.

Une colonisation qui reste précaire

Tout est très sensible. Il suffit de pas grand-chose pour que la reproduction échoue.

Yoann Bunz

La situation reste fragile à cause de la vulnérabilité de l’espèce face aux activités humaines. Celles-ci peuvent provoquer directement la mort d’un individu, par exemple lors d’une collision avec un engin volant ou avec des câbles. Or, « un adulte qui disparaît, cela met du plomb dans l’aile sur la population au niveau local », alerte le chargé de mission.

Mais les activités humaines peuvent aussi faire échouer une reproduction, phase très sensible.

« Le couple de gypaètes est fidèle toute sa vie, de ce qu’on estime. Une reproduction a lieu à peu près vers 7 ans : le jeune n’est pas mature très vite, il va mettre donc longtemps pour atteindre la maturité sexuelle et pouvoir se reproduire. Et ensuite on élève un jeune par an.

Donc tout est très sensible. En sachant qu’il suffit de pas grand-chose pour que la reproduction échoue et que, potentiellement, les individus ne reviennent pas, en considérant que la zone n’est pas favorable à une reproduction » signale Yoann Bunz.

La première cause d’échec de reproduction d’origine humaine, ce sont les aéronefs motorisés.

Yoann Bunz

Dans ce cas-là aussi, ce sont les survols des lieux de reproduction qui sont en cause.

« La première cause d’échec de reproduction, la première cause d’origine humaine, ce sont les aéronefs motorisés.

Il suffit d’un seul survol à la bonne période pour provoquer, par exemple, la désertion du site lorsque le couple s’installe. Ou alors un échec de la reproduction parce que l’individu qui couvait a eu peur, il est parti, et du coup il y a eu un refroidissement de l’œuf ou alors la mort du poussin qui n’a pas été nourri », explique le chargé de mission.

Des zones de quiétudes à préserver

On défini une ZSM à chaque tentative de reproduction : c’est la zone à préserver pour éviter au maximum le dérangement des oiseaux.

Yoann Bunz

Des mesures de protections sont mises en place vis-à-vis de cet oiseau protégé. Ainsi, sa perturbation intentionnelle est interdite du 1er novembre au 31 août. D’où l’activation, sur cette période, de ZSM, zones de sensibilité majeure, destinées à éviter au maximum ces dérangements.

« On défini une ZSM, à chaque tentative de reproduction, à chaque fois qu’une aire est utilisée pour un début de reproduction, même si par exemple il y a eu ponte et ensuite échec. Si on sait que c’est un secteur qui est favorable à la reproduction parce que des individus ont eu la velléité de se reproduire une fois sur ce secteur-là, on défini une ZSM.

Une ZSM, zone de sensibilité majeure, c’est la zone à préserver pour éviter au maximum le dérangement des oiseaux », détaille le spécialiste.

Sur la zone cœur, toutes les activités humaines sont à proscrire.

Yoann Bunz

En pratique, les ZSM ressemblent à des « patatoïdes » composées d’une « zone cœur » entourée d’une « zone tampon ». La présence humaine dans ces secteurs de falaises est réglementée, qu’il s’agisse par exemple de cascades de glace, d’escalade, de randonnée, de VTT, de parapentes, de planeurs, ou encore d’aéronefs motorisés.

« Sur la zone cœur, qui est la zone bien sûr la plus fragile, toutes les activités humaines sont à proscrire, par exemple rando, ski, cascade de glace, escalade, VTT. On essaie de limiter au maximum, à proximité de l’aire, les activités humaines. Les survols non-motorisés sont à proscrire en-dessous de 700 m d’altitude, et 1 km pour les survols motorisés (drones, avions hélicoptères, etc.).

Et sur la zone tampon, ce qui n’est pas particulièrement bruyant va être possible, et les activités bruyantes sont à proscrire. Les survols non motorisé sont possibles, et les survols motorisés, sont interdit en-dessous de 1 km », expose le chargé de mission.

« L’objectif n’est pas une protection envers et contre tout et à tout prix. C’est une cohabitation entre les enjeux naturels et toutes les activités socio-économiques », précise toutefois Yoann Bunz.

Par défaut, toutes les ZSM répertoriées dans le passé sont activées chaque 1er novembre, au cas où un couple s’y installerait. Puis un suivi fin est assuré par des agents du Parc des Écrins et par des bénévoles de l’association Envergures Alpines pour désactiver les zones non utilisées ou en enclencher de nouvelles le cas échéant.

Yoann Bunz récapitule les quatre ZSM en vigueur.

« Il y a le trio du Chambon, qui passe d’une année sur l’autre entre le département des Hautes-Alpes et celui de l’Isère parce qu’il est vraiment à la frontière. Il est au bout du lac du Chambon, coté est.

On a un couple en Isère au niveau de la vallée du Vénéon.

On a, nouveauté de cette année, un couple dans le Valgaudemar, au niveau du bourg de La-Chapelle-en-Valgaudemar.

Et on a le couple composé de deux mâles, du côté de Molines-en-Champsaur », liste le chargé de mission.

Tout les détails sont à retrouver sur le site du Parc des Écrins.

Cette saison, deux nouvelles pontes sont avérées : l’une par le trio du Chambon, et l’autre par le couple du Vénéon.