Une tonne de récolte attendue pour cette première journée de vendanges.

Vendanges : dans les Hautes-Alpes, le climat bouscule le calendrier des vignerons

Entre grêle, sécheresse et canicule, l'été n'aura pas épargné les vignobles haut-alpins. Cette année, les vendanges ont débuté particulièrement tôt : au Domaine du Petit Août à Théüs comme aux Raisins Suspendus à Embrun, elles ont commencé dès la première semaine de septembre.

Depuis sa création en 2009, jamais le Domaine du Petit Août n'avait commencé ses vendanges aussi tôt. Ce 4 septembre, pour le premier jour de récolte, ils sont une dizaine à s'affairer dans les vignes, sécateurs à la main.

Les séquelles de la grêle sont encore bien visibles : « On a eu beaucoup de petits grêlons, ça a mâché les feuilles, saccagé les sarments, tapé les raisins. Ceux qui ont été tapés ont séché et forcément, on aura des plus petits rendements », explique Yann De Agostini.

Certaines grappes ont été durement touchées par la grêle.

À ces dégâts, s'ajoute la sécheresse : « Les raisins ne grossissaient plus, les vignes s'étaient mises en stand-by et heureusement, les pluies arrivées fin août ont sauvé la récolte. »

Le muscat d'Alexandrie, habituellement récolté en dernier en raison de sa maturité plus tardive, est lui aussi cueilli dès le début des vendanges cette année. « Ça aussi, c'est une première » confie le vigneron. Touchées par la grêle, les grappes sont moins fournies. Les raisins restants arrivent ainsi plus vite à maturité.

S'il est encore trop tôt pour établir un bilan définitif, le viticulteur craint jusqu' à 30% de pertes sur son domaine. Les vendanges devraient s'étaler sur trois semaines.

Du Gard aux Hautes-Alpes

En 2018, après une reconversion professionnelle, Maxime Aerts et Angela Weidner se lancent en viticulture, d'abord dans le Gard, puis dans les Hautes-Alpes dès 2020.

En 2022, le couple de vignerons décide de se consacrer entièrement à leur vignoble dans le département : « C'était du 50-50. Un choix personnel, parce qu'on souhaitait vivre en montagne et qu'on aimait le cadre de vie ici, mais aussi à cause des conditions climatiques. Dans le Gard, on a rapidement réalisé qu'il y allait avoir des contraintes très fortes. On en a fait les frais en 2018 et 2019, à cause de très fortes sécheresses et de canicules qui ont fait brûler nos vignes, nos feuilles et nos raisins avec des vagues de chaleur à 45, 46 degrés. »

Le couple décide alors de chercher d'autres territoires, en altitude, davantage épargnés par ces épisodes de canicule.

Mais cet été leur rappelle leurs premières saisons gardoises : « On a eu des maturités très précoces, 10-15 jours d'avance comparés aux autres millésimes qu'on a eus. Je pense même qu'on aurait pu vendanger des raisins au mois d’août, mais nous n'étions pas prêts. C'est assez effrayant pour les Hautes-Alpes. On peut dire que c'est similaire à ce qu'on avait dans le Gard en 2018. »

Selon les estimations au 1er septembre, la production viticole française serait en recul de 6 % sur un an et de 17 % par rapport à la moyenne 2021-2025.

Une baisse qui s'explique à la fois par le recul des surfaces viticoles en production et par des rendements pénalisés par les conditions météorologiques.

Une vinification plus complexe

Peu de maladies et des raisins finalement arrivés à maturité : si les rendements en volume s'annoncent moindres pour Yann De Agostini, « la qualité devrait être bonne ».

Son attention se porte déjà sur la vinification. Avec des étés plus longs, plus chauds et secs, les raisins mûrissent plus vite et accumulent davantage de sucre. À la clé : des vins plus alcoolisés et une vinification plus complexe. « Ça change les équilibres. On va avoir des acidités assez basses, des degrés un peu plus hauts donc des vins potentiellement plus fragiles. »

Pour le viticulteur, il faudra voir « parcelle par parcelle » sur les 6,5 hectares de vignes du domaine.

Au domaine du Petit Août, les vendanges ont commencé sur une parcelle à l'entrée d'Espinasse.

Également en agriculture biologique, Maxime et Angela font une vinification naturelle, sans ajout de levures pour permettre aux raisins de fermenter naturellement. « On sait très bien que les millésimes où il y a plus de chaleur et plus de déficit hydrique, il y a moins de développement levurien sur les peaux des raisins et ça peut être plus compliqué. Je m'attends à des vinifications où il va falloir être réactif pour que les fermentations se déroulent bien. Sur les millésimes chauds comme ça, il y a encore un petit degré d'incertitude. »

Pour les vignerons, l'enjeu est désormais de s'adapter à ces nouvelles conditions jusque dans la cuve.

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