En queue de retenue, une dizaine d'engins extrait en continu des matériaux pendant plusieurs semaines, 20 mars 2026 © ram05

Serre-Ponçon : clap de fin pour l’extraction de matériaux, destinée au BTP et à l’augmentation de la profondeur du lac

Fournir des matériaux locaux au BTP et « sécuriser » la navigation dans le lac de Serre-Ponçon : c’est le double objectif de la campagne d’extraction entamée en 2012 qui se termine cette année. L’opération touche environ 25 hectares en queue de retenue et implique EDF Hydro Méditerranée, le SMADESEP et les Routières du Midi.

La photographie contraste nettement avec la carte postale estivale du lac de Serre-Ponçon. Sur plusieurs hectares située en queue de la retenue, tractopelles, tombereaux et bulldozers ont transformé le fond du lac en un chantier XXL, jonché de monticules de plusieurs mètres, traversé par des chemins et un pont temporaire permettant aux engins de franchir la Durance qui s’écoule tranquillement au milieu du vacarme.

Tous les deux ans depuis 2012, de février à avril, quelques 150 000 m³ de matériaux sont dégagés. Entre la fin de l’hiver et la mise en eau du lac, la fenêtre de temps est mince, et pour parvenir à atteindre la côte objectif, un groupement d’entreprises est constitué pour l’occasion. « Les strates sont composés par les sédiments qui sont apportés par la Durance. Il y a la nite qui ressemble à du sable et très difficilement utilisable dans les matériaux de construction. En-dessous on retrouve les matériaux historiques aussi amenés chaque année, du silico-calcaire utilisé pour le béton ou pour réaliser les granulats des couches de roulements » explique David Berger, chef d’agence aux Routières du Midi.

Un chantier utile au BTP et au tourisme

En creusant le fond du lac, EDF Hydro Méditerranée fait d’une pierre deux coups. D’une part, le fond du lac fait office de carrière. En quelques semaines d’extraction, il couvre les besoins du BTP pour ce type de matériaux dans un rayon de 30 kilomètres pour deux ans et demi. D’autre part, elle abaisse le fond du lac en queue de retenue, là où la navigation peut être risqué en début en fin de saison estivale. « Le SMADESEP (Syndicat Mixte d’Aménagement et de Développement de Serre-Ponçon) s’occupe du développement mais aussi de la sécurité du lac, précise Victor Berenguel. En fin de saison, quand il n’y a plus d’eau, cela pose une problématique de sécurité. Avec les travaux qui sont faits on gagne entre sept et huit mètres de niveau d’eau à chaque campagne d’extraction. On arrive à rallonger la fin de saison, mais surtout on sécurise à fond. Car cette zone est très pratiquée par les voileux » complète le président de la structure.

En queue de retenue, une dizaine d’engins extrait en continu des matériaux pendant plusieurs semaines, 20 mars 2026 © ram05

Vers de nouvelles campagne d’extraction à moyen-terme ?

« Notre côte objectif sur les quatre hectares qui étaient identifiés dans l’autorisation préfectorale initiale, indique David Berger qui estime que le stock de matériaux constitué devrait pouvoir répondre aux besoins « d’une petite dizaine d’année ». Pour autant, les Routières du Midi et les services de l’État se projettent plus loin en cherchant dès maintenant de nouveaux sites, notamment du fait de l’accroissement temporaire d’activité dans le BTP qui pourrait découler des Jeux d’hiver de 2030. « Avec les relevés annuels, on constate que la Durance charrie des matériaux en continu. À moyen terme il est donc envisagé de de relever des profils pour retrouver des côtes d’objectifs et récupérer de nouveaux matériaux. La proportion nites – matériaux nobles sera moins avantageuses pour nous mais cela peut tout d emême nous faire un appoint. On y irait chaque année et non tous les deux ans », se projette le chef d’agence des Routières du Midi.

Bien qu’il mobilise d’importants moyens, le chantier n’implique aucune dépense pour le SMADESEP et EDF Hydro Méditerranée. Le groupement d’entreprises se rémunère sur la commercialisation des matériaux extraits et verse une redevance à EDF en contrepartie de l’autorisation d’exploiter le terrain.

Le SMADESEP, EDF Hydro Méditarranée et les Routères du Mid organisaient une visite de chantier à l’occasion de la dernière campagne d’extraction © ram05