Chez Refuges Solidaires, « 2025 a été une année record » avec deux fois plus de personnes accueillies
L’an dernier, le nombre de personnes exilées accueillies en urgence par Refuges Solidaires a doublé, avec 8 500 bénéficiaires. Et ce dans un contexte de crise financière pour l’association briançonnaise. Depuis, un appel aux dons lui a permis de « se redresser », tout en restant « fragile ».
« 2025 a été une année record en termes d’accueil » : l’année dernière encore, le besoin en hébergement d’urgence des personnes exilées franchissant la frontière franco-italienne s’est fait fortement ressentir, témoigne Refuges Solidaires. Aujourd’hui dotée de 81 places, l’association remplit cette mission à Briançon depuis près de dix ans.
« On a accueilli 8 500 personnes en un an », déclare Anouk Petit Grisoni, membre du conseil d’administration. « C‘est vraiment beaucoup parce qu’on a une moyenne d’accueil d’environ 4 500 personnes par an : on a accueilli deux fois plus de personnes que d’habitude ».
Un hiver très chargé et davantage de familles
Un phénomène qui s’est fait particulièrement ressentir l’hiver dernier. « Ce sont des périodes particulières parce qu’on a moins de personnes qui arrivent, et en même temps les conditions de traversée de la frontière sont particulièrement dangereuses, avec des blessures, des gelures, des risques sur la santé qui sont importants. »
Or, le bâtiment des Terrasses Solidaires, où est implantée Refuges Solidaires, est avant tout « un lieu de passage », rappelle la bénévole, « l’idée étant que les personnes restent en moyenne trois jours ». Les conditions hivernales peuvent donc « entraver cette dynamique, puisque les personnes ont besoin de rester plus longtemps pour recevoir des soins avant de continuer leur parcours. » Cet hiver 2025-2026, « le besoin d’accueil a un petit peu diminué, mais avec des personnes qui arrivent vraiment épuisées ».
Nous avons été dans l’obligation d’utiliser plusieurs espaces de vie, par exemple le réfectoire, pour du couchage pour les hommes.
Anouk Petit Grisoni
Le profil du public hébergé a également évolué, avec « beaucoup plus de femmes et d’enfants que les années précédentes, ça représente en moyenne environ 15 % des personnes qu’on accueille », relate Anouk Petit Grisoni. Une évolution qui contraint l’organisation du lieu : « cela suppose d’avoir un protocole d’accueil qui soit très précis et rigoureux, pour s’assurer que les femmes et les enfants puissent avoir des chambres privatisées. Donc nous avons été dans l’obligation d’utiliser plusieurs espaces de lieux de vie, par exemple le réfectoire, pour du couchage pour les hommes. Cela a été un enjeu cette année. » Quant aux principaux pays d’origine représentés, il s’agissait « du Soudan, de l’Érythrée, de l’Éthiopie ».
Des difficultés financières et moins de salariés
Ces contraintes rencontrées en 2025, Refuges Solidaires a dû les gérer en pleine crise financière. La situation s’est dégradée à partir du mois de février et suite au vote du budget de l’État, qui a mis à mal nombre de financements publics. L’association briançonnaise n’en bénéficie pas, mais les fondations qui la soutiennent se sont retrouvées « sursollicitées », d’où un « effet boule de neige » sur son propre budget.
On a essayé de miser au maximum sur la formation et l’accompagnement des bénévoles pour qu’un maximum de tâches puisse être réalisées par elles et eux.
Anouk Petit Grisoni
Conséquence : une réorganisation interne avec moins de salariés, explique l’association. « Face à cette situation, on a dû organiser toute une restructuration en interne pour essayer de diminuer au maximum notre budget et de le restreindre à des frais de fonctionnement, pour permettre de toujours accueillir. » Un changement rendu possible parce qu’en 2025, l’organisme a « accueilli 800 bénévoles, c’est un gros chiffre, il faut le signifier ». Refuges Solidaires a donc décidé de licencier « 80 % des salariés et de créer deux postes de coordination de bénévoles. On a essayé de miser au maximum sur la formation et l’accompagnement des bénévoles pour qu’un maximum de tâches puisse être réalisées par elles et eux. » Bilan : « ça a fonctionné, ça tient bien », assure Anouk Petit Grisoni.
L’association est passée de huit salariés, sont des temps partiels, à trois sur la deuxième partie de 2025 : l’un à temps plein sur la recherche de financements et de partenariats, et deux en relais pour la coordination des bénévoles.
Les dons de particuliers ont « permis de redresser la barre »
Le budget annuel, lui, a fondu d’environ 650 000 € à environ 500 000 €. L’objectif est de l’alimenter pour moitié par l’apport des fondations, et pour l’autre moitié de dons de particuliers, « ce qui est plutôt en bonne voie ». Pour ce faire, une opération de mensualisation des dons a été lancée au printemps dernier, à laquelle « tout le monde a répondu présent ». Une campagne de levée de fonds en fin d’année a permis ensuite de récolter 74 000 €.
On part avec une bonne visibilité sur l’année 2026. L’enjeu est de stabiliser ces financements.
Anouk Petit Grisoni
« On s’est redressé », affirme l’association, même si « tout ça reste assez fragile par la nature de notre activité, qui est de l’accueil d’urgence avec beaucoup d’incertitudes. » Et Refuges Solidaires de saluer « la solidarité », qui « a vraiment permis de redresser la barre et de se refaire une santé financière. On remercie énormément nos donateurs. »
« On part avec une bonne visibilité sur l’année 2026. L’enjeu est de stabiliser ces financements […]. On reste aux aguets et on ne fait pas de folies », conclut la bénévole.
Et au-delà du budget, l’association Refuges Solidaires rappelle « rester inquiète de l’hostilité politique nationale vis-à-vis des personnes en situation de migration ».