Un pluralisme de médias locaux favorise l’adhésion aux valeurs démocratiques et l’engagement citoyen, selon une étude
Dans un paysage médiatique français en plein bouleversement, l’étude menée par Les Relocalisateurs et la Fondation Jean-Jaurès dresse un constat alarmant : la disparition progressive des médias locaux n’est plus une intuition, mais un phénomène mesurable. « Un tiers des répondants déclarent avoir constaté la disparition d’au moins un média local dans leur région », rappelle d’emblée Alexis Goujon, directeur général des Relocalisateurs.
Au fil de l’entretien, il décrit un modèle économique fragilisé par la captation massive des budgets publicitaires par les GAFAM. Des plateformes qui séduisent par des « tickets d’entrée extrêmement faibles » et une capacité de mesure redoutablement efficace, là où une page de presse ou un spot radio représentent des coûts désormais dissuasifs pour les petits annonceurs. Résultat : « Leurs revenus publicitaires baissent et leur modèle économique est mis à mal ».
Mais l’enjeu dépasse largement la survie de quelques titres. L’étude établit un lien direct entre pluralisme médiatique et engagement citoyen. Les chiffres sont sans appel : « Chez les gros consommateurs de médias locaux, la participation électorale atteint 87 %, contre 62 % chez ceux qui n’en consomment pas ». Une corrélation qui rappelle les constats américains, où la disparition de 3 200 journaux locaux en vingt ans a accompagné la baisse du vote et la montée des extrêmes.
Pourquoi cette influence ? Parce que les médias locaux jouent un rôle irremplaçable de « thermomètre et thermostat » démocratique. Ils prennent le pouls du terrain autant qu’ils régulent l’espace public, en contextualisant les débats et en déjouant les fake news. Leur proximité nourrit la confiance : « Quand les citoyens comprennent ce qui se passe autour d’eux, cela augmente la confiance ».
Certaines régions résistent mieux. En Bretagne, où le Télégramme reste le quotidien régional le plus lu de France, les journalistes gardent un ancrage fort, quand dans l’Oise, Facebook supplante désormais les rédactions. Une désintermédiation qui, selon Goujon, « met à mal crédibilité et revenus ».
Si la désertification se poursuit, les projections sont claires : une chute de la participation électorale. Pourtant, Alexis Goujon entrevoit une brèche
d’optimisme : « Un Français sur deux veut continuer à disposer d’une multitude de sources d’information ». Pour inverser la tendance, l’association mise sur trois leviers : réorienter les investissements publicitaires vers les médias locaux, encourager une régulation plus efficace, et renforcer l’éducation au décryptage. Car, conclut-il, « savoir lire une information, ça s’apprend de la maternelle à l’Ehpad ».