Tourisme : après un été « singulier », la nécessité de « prendre collectivement la mesure de ce qu'il se passe »
Un été « singulier ». C’est ainsi que l’Agence de Développement des Hautes-Alpes qualifie la saison touristique qui s’achève, marquée par une légère baisse du taux d’occupation pour la première fois en dix ans. Une baisse de la consommation présumée demande encore à être quantifiée par les chiffres définitifs.
C'est la première fois que le département des Hautes-Alpes enregistre une baisse du taux d'occupation en saison estivale depuis 2015. « Depuis 10 ans nous gagnions des parts de marché en toute saison et en particulièer l'été. Et cet été notre destination touristique marque le pas », résume Yvan Chaix, le directeur de l'Agence de Développement des Hautes-Alpes. La diminution reste toutefois relativement limitée avec un retrait de 1% sur le taux d'occupation par rapport à 2025, avec deux millions de visiteurs accueillis.
Un « mauvais » mois de juin
Le bilan est contrasté entre les territoires et les périodes. Un mois de juin jugé « mauvais », avec 26,7% de taux d'occupation (-1 point), potentiellement du fait de la hausse du carburant, estime l'Agence de Développement. Un mois de juillet en hausse mais qui reste « modeste comme il l'est depuis de très nombreuses années maintenant. On a beaucoup moins de juilletistes que d'aoûtiens », rappelle Yvan Chaix. Certains pics locaux ont été observés aux environs de grands événements, notamment le tour de France pour le Champsaur et le Gapençais. Dans la continuité des années précédentes, le mois d'août enregistre les pics de fréquentation avec des taux d'occupation proches de 85%
Une consommation en berne ?
Les inquiétudes portent plutôt sur la consommation. À la fin de l’été 2025, les acteurs du tourismes avaient déjà alerté sur une présumée baisse de la consommation. Or, les chiffres consolidés avaient montré que celle-ci était en réalité en augmentation, mais qu’elle se réorganisait, profitant à certains secteurs au détriment d’autres activités économiques. Rebelotte en 2026 car il existe aussi « un ressenti fort des professionnels du tourisme d’une baisse de la consommation », rapporte Yvan Chaix. Une baisse qui reste donc à objectiver après le dépôt des liesses fiscales des entreprises en novembre prochain.
Un risque de saturation de l'offre dans certains secteurs d'activité
Le directeur de l'Agence de Développement souligne également la multiplication de l'offre touristique sur ces dix dernières années. Si cette offre supplémentaire « participe de la richesse et de l'attractivité du territoire », d'une saturation de l'offre peut fragiliser certains modèles économiques, craint Yvan Chaix, estimant que « sur certains secteurs et deomains d'activité, on a tout intérêt à regarder de près l'offre, car il faut savoir trouver un juste équilibre. On a des prestataires qui ont du mal à joindre les deux bouts après cette saison d'été 2026 ».
Aléas climatiques : « prendre collectivement la mesure de ce qu'il se passe »
Canicules à répétition, coulées de boues, éboulements, incendies, et restrictions de baignade liées aux cyanobactéries, l'été 2026 aura été celui de tous les aléas climatiques. « Même dans des ilôts de fraîcheur comme le département des Hautes-Alpes, [les canicules] freinent la consommation, changent les habitudes des visiteurs. Tout ceci a marqué la consommation », observe Yvan Chaix. Et ce qui semble encore exceptionnel aujourd'hui pourrait devenir la norme du fait du réchauffement climatique, qui accentue les phénomènes météorologiques extrêmes.
De cet été « singulier », les acteurs du tourisme doivent « tirer collectivement des enseignements de ce qu'il se passe », estime-t-il. Le plan d'eau des Iscles à Veynes, point d'attraction fort pour le secteur, a été fermé quasiment tout l'été, avec des conséquences dramatiques pour les prestataires, commerces et campings aux alentours. « Il faut trouver des solutions pour que ces situations ne se reproduisent pas ». Le climat « est au coeur des préoccupations du schéma touristique départemental », assure Yvan Chaix, ajoutant que « cet été montre l'urgence de la situation et la nécessité d'y faire face collectivement ».
Deuxième enseignement pour l'Agence de Développement : rien n'est jamais acquis. « Le tourisme est une activité extrêmement concurentielle. Les clientèles peuvent être fidèles, mais aussi versatiles. Il faut donc continuer à promouvoir notre destination, y compris en coeur de saison. Miser sur les grands événements, et enfin considérer que les clientèles internationales sont essentielles à la saison d'été. » conclut Yvan Chaix.
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