Crues à Vallouise-Pelvoux : « j'aimerais que ma commune ne devienne pas un tas de cailloux »
Le 28 août, les intempéries ont provoqués de multiples dégâts à Vallouise-Pelvoux. En particulier, la route d’accès au Pré de Madame Carle est durablement coupée. La maire réclame le droit de pouvoir intervenir dans le lit du torrent, ce qui permettrait selon elle de prévenir de futures inondations.
« C’est un nouveau désastre » : la commune de Vallouise-Pelvoux a été très durement touchée par les orages du 28 août dernier et par la crue de plusieurs de ses cours d’eau, dont le torrent de Saint-Pierre et le Gyr.
Si aucune victime humaine n’est à déplorer, la liste des dégâts matériels dressée par la maire Gaëlle Moreau semble interminable : « à partir du Pré de Madame Carle, la route départementale est détruite en partie ; un parcours santé a disparu ; des canalisations d'eau potable et d'assainissement ont été impactées ; la voie verte entre Pelvoux et Vallouise est en partie détruite, c’était un chemin d'accès piéton et vélo très agréable au bord du torrent ; des parties de route sont parties dans le torrent au niveau de notre parking principal au centre de Vallouise et dans la vallée d'Entraigues ; on avait encore deux ponts à refaire suite aux crues de 2023 et 2024, ils sont encore plus affaiblis et donc on va passer à la phase travaux très rapidement. »
En bref : « des destructions qui sont de plus en plus impactantes pour la vie au quotidien des administrés ».
« On en a marre de subir »
Des travaux d’urgence sont déjà entrepris, pour rétablir le réseau d’eau potable et évacuer les embâcles dangereuses dans le lit des torrents. Mais face à l’ampleur des dommages, l’élue confie ressentir « beaucoup de lassitude et de fatigue ». « J'aimerais que ma commune ne devienne pas un tas de cailloux. J'aimerais que les habitants se sentent en sécurité, ce qui n'est plus trop le cas actuellement, parce que succession de crues, succession de dégâts, succession de disparitions de terrains et d'infrastructures et de canalisations, etc. » Une accumulation qui donne la sensation d’« arriver à un trop-plein ».
« On en a marre de subir », soupire Gaëlle Moreau. « On aimerait pouvoir reprendre un peu nos droits sur nos cours d'eau pour être sûrs de sécuriser au mieux les habitants. » Dans le viseur de la maire : les contraintes imposées par l’État, qui empêchent selon elle son village de s’adapter correctement à ces évènements qui se répètent.

« On a toujours la problématique de la GEMAPI [gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations, compétence des intercommunalités, ndlr], et de la loi sur l'eau qui n'est pas adaptée du tout à nos territoires. Les préconisations qui nous sont faites ne correspondent pas du tout aux enjeux. Même si on est un village rural, on est quand même, sur toute la commune, en zone urbaine, et on ne peut pas laisser divaguer le torrent en permanence », estime Gaëlle Moreau.
« Il faut effectivement qu'il y ait des plages de divagation pour limiter la vitesse, mais il faut qu'on puisse avoir le droit d'extraire l'excédent des crues pour pouvoir sécuriser les biens et les personnes, parce que là, on n'y arrive plus », réclame la maire. « Je ne parle pas de creuser le lit du torrent, je parle de remettre le lit du torrent à sa forme initiale pour qu'après chaque crue, on puisse éviter un engravement successif qui fait que le torrent est plus haut que les rives. »
Le Pré de Madame Carle isolé, la route détruite
L’impact des intempéries se répercute aussi plus largement sur la fréquentation du massif des Écrins, le tourisme et l’économie des Hautes-Alpes. En effet, le Pré de Madame Carle, haut lieu de randonnée et d’alpinisme, site touristique majeur du département, est désormais coupé de la vallée. La route qui le relie à Ailefroide, empruntée par 90 000 véhicules durant l’été, a tout simplement disparu, engloutie par le torrent de Saint-Pierre : sur les 6 km de voirie, « il doit globalement en rester entre 2 et 3 km », selon Marcel Cannat, vice-président du département en charge des routes.
« À l'heure où je vous parle, pour nous, département, il est impossible de reconstruire une route où elle était avant. À la place, maintenant vous avez des crevasses qui font 15-20 mètres de profondeur », déplore l’élu. « On est en zone Parc national des Écrins, voire en zone cœur. Il n'est pas possible de faire quelque chose pour désenclaver provisoirement le pré de Madame Carle. »
Pour autant, Gaëlle Moreau appelle à « trouver une solution intermédiaire et raisonnée, pour maintenir l'activité de l'alpinisme sur notre territoire, qui est effectivement l'ADN et l'histoire de notre commune. Tout en préservant le site, bien sûr. » La maire évoque la possibilité de créer « une piste, qui pourrait au moins être utilisée par les socio-professionnels et puis complétée après par un système de navette. Mais qui dit navette, dit parking. Et là, il faut qu'on ait une grosse réflexion sur l'aménagement complet de la commune. »
« Si on a une autorisation du Parc national, il serait possible de faire une piste », abonde Marcel Cannat. Mais l’élu de préciser : « quand je vous dis une piste, c'est quelque chose qui serait ouvert aux véhicules 4x4, mais impossible d'accéder avec des véhicules tourisme. »
En attendant, neuf véhicules garés au Pré de Madame Carle attendent de pouvoir être évacués.

En cause : « un dérèglement climatique »
Ce nouvel épisode qualifié de « catastrophique » par Marcel Cannat s’ajoute à une longue liste de dommages sur les routes cette année. « Tout ce que je souhaite, c'est que tout ceci s'arrête, que les orages s'arrêtent parce que ça fait pas mal de mauvaises surprises auxquelles on ne s'attendait pas », espère le vice-président du département.
Toutefois, « on assiste à un dérèglement climatique », déplore Marcel Cannat. « On a eu un été très chaud qui a fait rétrécir la roche, et maintenant la pluie s'infiltre dans cette roche et fait partir pas mal d'écoulements. Ce dérèglement climatique nous perturbe beaucoup. Et bien malin qui pourrait nous dire comment va être l'avenir. »
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