Le Festival de Chaillol défend toujours plus une « création musicale dans toute sa diversité de langages et de formats »
Fidèle à son esprit d’ouverture, le Festival de Chaillol ne se limite pas aux formats traditionnels de concerts. Il comprend des propositions qui favorisent la rencontre entre artistes, habitants et paysages.
Parmi les rendez-vous marquants figure la scène ouverte de la soirée de lancement, imaginée l’an dernier et reconduite cette année. Destinée aux musiciens amateurs ou semi-professionnels du territoire, elle avait révélé « un paysage de projet, de la chanson française en passant par les musiques du monde », se souvient le directeur du festival Mickaël Dian. Pensée comme une soirée conviviale mêlant public et participants autour d’un banquet, elle avait rencontré un « succès extraordinaire ».
Le retour de la balade musicale
Autre temps fort de cet anniversaire : le retour de la balade musicale, absente depuis plusieurs années. Héritée des premières heures du festival, elle associe promenade en montagne, découverte du territoire et interventions musicales dans des lieux choisis pour leur résonance avec les paysages. « Les bénévoles nous ont dit : il faudrait qu’il y ait une balade musicale », raconte Mickaël Dian.
Le festival poursuit également sa série des “À dimanche”, des matinées en petit comité articulées autour d’un atelier d’initiation – yoga, gravure ou autres pratiques – suivi d’un moment musical dans un lieu tenu secret jusqu’à l’inscription. L’objectif : proposer « quelque chose d’un peu différent que celui du concert ».
Enfin, les rendez-vous Musique au musée, organisés au Musée Muséum de Gap, prolongent le dialogue entre patrimoine et création. Conçus en lien avec les collections et les équipes du musée, ces formats gratuits privilégient l’échange et l’écoute dans un cadre intimiste.
Une programmation ouverte aux dialogues musicaux
La 30e édition du Festival de Chaillol rassemble des ensembles aux esthétiques variées, avec un fil conducteur revendiqué par son directeur : la rencontre des langages musicaux.
Le pianiste Baptiste Bailly ouvre le festival avec Amour courtois, un trio qui revisite les mélodies médiévales de Guillaume de Machaut à travers l’improvisation et l’harmonie jazz. Un projet « très délicat, méditatif » qui illustre selon Mickaël Dian « l’esprit de l’Espace culturel de Chaillol ».
Voix, récits et héritages
Avec Les Transformations, le Trio Nóta, accompagné de la violoncelliste Claire Menguy et du multi-instrumentiste Colin Heller, explore les liens entre l’humain et la nature. Contes, légendes et chants anciens nourrissent cette création qui interroge la porosité entre les mondes humain, animal et végétal.
Le Quatuor Elios propose quant à lui un programme pour cuivres imaginé en partenariat avec le Festival de l’Alpage, dans une formule pensée pour des lieux et des publics variés.
Autre proposition marquante, Garden of Silence de Clément Janinet fait dialoguer musique ancienne, jazz et expérimentations contemporaines. Une œuvre « assez inclassable, très hybride », portée par « le goût de l’aventure musicale » du compositeur.
Le duo Adama, formé par la violoncelliste Maëva Le Berre et le percussionniste Erwan Keravec, puise son inspiration dans les traditions musicales d’Azerbaïdjan et du Proche-Orient. Mickaël Dian évoque « une découverte extraordinaire » et une musique « profondément méditative ».
Des voix de femmes à l’honneur
Avec Sous notre peau, le Quatuor Présages réunit quatre chanteuses autour d’un parcours vocal mêlant répertoires traditionnels et contemporains. Le projet est enrichi par les compositions de Diana Soh, qui relient les œuvres dans « une grande traversée vocale ».
Le festival accueille également Mandy Lerouge et l’ensemble Las Famatinas, dans une création coproduite par le festival. Ce nouveau répertoire réunit dix musiciennes argentines et françaises autour d’un univers inspiré des musiques sud-américaines.
Enfin, la clôture est confiée au Yamma Ensemble de la chanteuse Talia Golan, consacré aux musiques séfarades et aux traditions du Proche-Orient. Un programme qui fait écho à celui de la musicienne palestinienne Christine Zayed et qui entend célébrer, selon Mickaël Dian, « une Méditerranée apaisée » à travers la diversité de ses voix et de ses héritages.