Le premier automate d’échange de seringues des Hautes-Alpes installé à l’hôpital de Gap
Plus de trente ans après l’apparition des automates d’échange de seringues en France, les Hautes-Alpes ont désormais leur premier dispositif. Il a été inauguré le 19 mai au centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud (CHICAS), à Gap, dans le cadre d’un partenariat entre Addictions France, le groupement hospitalier de territoire Alpes du Sud et l’Agence régionale de santé Paca.
Installé à proximité des urgences et du CeGIDD, le centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic, l’automate est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Son fonctionnement repose sur un principe simple : déposer une seringue usagée permet d’obtenir un jeton donnant accès à un kit stérile.
Jordane Bugaj, infirmier au centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) précise :« Ils peuvent aussi directement mettre un jeton pour obtenir le kit. Les jetons sont disponibles un peu partout auprès de nos partenaires. »
Dans ces kits, on retrouve tout le matériel nécessaire pour limiter les risques infectieux liés à l’injection : « Il y a deux seringues, une cuillère stérile, des lingettes de désinfection, de l’eau pour préparation injectable, un préservatif et aussi un filtre à membrane. Il permet de filtrer les bactéries, les champignons ou certaines molécules présentes dans les médicaments et d’éviter tout un tas d’accidents infectieux ».
« Quelqu’un qui s’injecte, continuera de s’injecter. »
Les premiers dispositifs de ce type apparaissent en France dans les années 1990, en pleine épidémie de sida. À l’époque, près d’un tiers des contaminations au VIH étaient liées au partage de seringues. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé sous la barre des 1 %.
Pour Erwan Grillon, directeur d’Addictions France dans les Hautes-Alpes, l’efficacité de ces politiques de réduction des risques n’est plus à démontrer. « Quelqu’un qui s’injecte, continuera de s’injecter. Le travail, c’est de protéger et sécuriser la personne pour qu’elle ne se contamine pas », souligne-t-il. « On voit une réduction notoire des nouvelles contaminations et aussi moins de matériel souillé abandonné dans l’espace public. »
Face aux critiques accusant ce type de dispositif d’encourager la consommation de drogues, Erwan Grillon insiste : « Ce n’est pas une incitation. L’automate est un outil parmi d’autres pour réduire les risques et accompagner les personnes. »
Un outil de santé publique
Le CHICAS défend également l’installation de cet automate au nom de la santé publique. « Il y a un enjeu pour prévenir le risque de contaminations, mais aussi pour éviter que des seringues usagées se retrouvent dans la ville », souligne Nicolas Razoux, directeur du groupement hospitalier Alpes du Sud.
L’emplacement choisi, à proximité des urgences, doit permettre une meilleure orientation des usagers tout en offrant un accès discret au matériel stérile. « Jusqu’à présent, on avait un public qui, au moment où il y a besoin, arrivait aux urgences. Les soignants ne connaissent pas toujours le programme d’échange de seringues. Là, ça permet de mieux réguler ces flux-là et de pouvoir trouver un kit rapidement sans être non plus très exposé au regard des uns et des autres, qui peut parfois être stigmatisant. Même si l’automate peut paraître être un dispositif froid, ça peut en réalité recréer du lien et remettre les personnes dans un parcours d’accès au soin » , estime-t-il.
Veynes, Gap, Embrun et Briançon : un réseau de pharmacies partenaires
Au national comme à l’échelle départementale, le programme de réduction des risques ne repose pas uniquement sur ce dispositif. Plusieurs pharmacies partenaires, à Gap, Briançon, Embrun ou encore Veynes, distribuent également gratuitement des kits stériles et récupèrent les seringues usagées. Sur ces kits figurent aussi les coordonnées du CAARUD des Hautes-Alpes, afin de permettre aux usagers de contacter les équipes de soin et d’accompagnement.
« Les personnes qui viennent se fournir à l’automate sont pour la plupart des personnes qu’on connaît déjà », explique Jordane Bugaj . « Il peut y avoir des personnes qui ne désirent pas venir nous voir au centre et qui utilisent uniquement l’automate. Nous, soignants, on n’est pas décisifs dans leur parcours mais on est là pour leur tendre la main, pour les accompagner. »