La promotion 2024-2025 du groupe Première de cordée de la FFCAM 05 © FFCAM Hautes-Alpes

Hautes-Alpes : l’essor des groupes de montagne féminins, espaces de prise de confiance et d’émancipation

Informels, associatifs ou reconnus par la FFCAM Hautes-Alpes (Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne), les groupes féminins d’escalade, alpinisme et autres sports de montagne se multiplient. L’idée première est de féminiser la pratique de ces sports. Dans les faits, ils peuvent aussi être vecteur d’émancipation au quotidien.

L’escalade a le vent en poupe. Depuis 2013, le nombre de licenciés FFCAM dans les Hautes-Alpes a bondi de 2370 à 3726. Une tendance en bonne partie portée les femmes. Alors qu’elles ne représentaient que 35 % des licenciés il y a 13 ans, la proportion atteint désormais les 43 %.

Un cadre bienveillant pour gagner en confiance

« Malgré cet engouement chez les femmes, c’est une autre étape de pouvoir se sentir suffisamment en confiance pour sortir en autonomie, voire emmener des personnes », observe Karine Duboeuf, qui a fait ses armes au sein du groupe Première de cordée. Ce groupe créé par la FFCAM 05 forme des femmes à passer en tête en montagne et à devenir autonomes. « Les femmes qui ont suffisamment confiance en elle pourront emmener des personnes, qui pourront ensuite aussi faire des choses de leur côté. Ça commence petit, puis cela se diffuse et donne une autre image sur le plan social ».

Initiatrice escalade, Angès Anduesza n’avait pas l’intention au départ de monter un groupe féminin. Et finalement, « à Guillestre je me suis rendu compte qu’étant encadrante femme, on attire des femmes. On inspire confiance. Je me suis retrouvé à avoir uniquement des femmes dans le groupe et me suis dit que ce serait bien de le faire reconnaître et de l’afficher comme tel ». Comment expliquer cet engouement pour les groupes féminins ? « Le rapport au corps, ne pas avoir envie d’être assurée par des hommes, des petites choses que l’on entend comme « mais ça c’est facile, vas-y »… Sauf que non, il n’y a rien de facile. On n’a pas envie d’être jugées comme ça », estime Agnès Anduesza. Selon cette initiatrice escalade, certaines membres de son groupe ne grimperaient plus si de telles sorties n’étaient pas proposées.

Des changements qui dépassent le cadre sportif

L’association Grimpeuses pointe également la difficulté pour les femmes « d’occuper la place », de « prendre le lead » dans le milieu de l’escalade. Fondée en 2018, elle organise chaque année un weekend mêlant sports de montagne et tables-rondes. « L’objectif a toujours été de pousser les femmes à s’investir plus dans l’escalade, et que cela rejaillisse dans leur vie. En d’autres termes, c’est du féminisme appliqué à l’escalade, avec un vrai objectif de dépasser le cadre du sport », explique Caroline, l’une des fondatrices du projet.

Des initiatives similaires – reconnues par la FFCAM ou plus informelles, fleurissent de toutes part. Le concept est aussi transposé dans d’autres disciplines que l’escalade et l’alpinisme, souligne Karine Duboeuf : « Au sein du CAF de Briançon, il y a des groupes de formation à l’autonomie au ski de rando, mixtes, mais aussi un pour les filles ».

Anticipant d’éventuelles critiques à l’encontre des groupes de sport en non-mixité choisie, qui voudraient que la démarche soit discriminante ou excluante pour les hommes, Agnès Anduesza précise : « Messieurs, ce n’est pas contre vous, c’est pour nous ».