Mathieu Beth et son écarteur de danger / Photo : ram05

« Beaucoup moins de gens me serrent » : ce cycliste a fabriqué un outil pour éloigner les voitures et gagner en sécurité

Son vélo ne passe pas inaperçu… et c’est justement le but recherché. Excédé par les automobilistes ne respectant pas la distance de dépassement réglementaire, un Haut-Alpin a conçu son propre « écarteur de danger » à accrocher sur son vélo. Avec un enjeu : la sécurité.

Quel est le point commun entre une guitare, un parapluie canne et une batte de baseball ? Ces objets mesurent tous environ un mètre. C’est aussi la distance minimale que doit respecter une voiture pour dépasser un vélo. Hors agglomération, elle augmente même à un mètre cinquante.

Une règle imposée par le code de la route mais trop peu respectée en réalité, déplore Mathieu Beth, cycliste régulier. Pour y remédier, cet Embrunais s’est donc fabriqué un « écarteur de danger » : une baguette d’un mètre de long fixée sur le guidon.

« Ça dépasse à peine d’un mètre, même pas d’un mètre cinquante. Donc quand les gens frôlent mon bâton sur la route nationale, ils ont déjà 50 cm de non-respect du code de la route », précise Mathieu Beth, qui rappelle que « c’est une législation qui est là pour mettre en sécurité les cyclistes, pour que les gens osent faire du vélo. Beaucoup de gens, quand on les questionne, ne font pas de vélo parce que c’est trop dangereux. Mais ce n‘est pas le vélo qui est dangereux, c’est la voiture qui passe à côté du vélo ! »

« J’ai vécu de nombreuses situations de danger »

C’est après avoir subi des frayeurs de manière répétée que le cycliste en est venu à cette solution. « J’ai vécu de nombreuses situations de danger », raconte-t-il, « puisqu’à peu de choses près, aucun automobiliste ne sait réellement ce qu’est un mètre de distance, et un mètre cinquante encore moins. »

« Par exemple, il y avait il y a quelques années au SMICTOM [syndicat de gestion des déchets, NDLR] un chauffeur de camion qui n’avait aucune conscience de tout ça, et qui doublait en ne respectant absolument pas les distances », témoigne l’Embrunais. « La remorque se déportant dans les virages, j’ai failli passer sous les roues : c’est ce qui m’a décidé. Je me suis dit que râler auprès de la comcom [de Serre-Ponçon, NDLR] pour qu’il se fasse sonner les cloches, c’était bien beau, mais que le jour où je serai sous les roues, ce serait trop tard. »

Parasol de poussette et fibre de verre

Faute de trouver des écarteurs de danger suffisamment efficaces dans le commerce, Mathieu Beth a bricolé le sien lui-même, à partir d’une pièce utilisée pour attacher un parasol de poussette, dans laquelle est insérée une tige de fibre de verre agrémentée d’un drapeau rouge au bout et peinte en jaune fluorescent et phosphorescent. La baguette a été coupée à 98 cm à partir de l’extrémité du vélo, « pour être sûr de ne pas toucher à tort », et se relève verticalement en zone piétonne.

« Je fournis volontiers quelques photos », annonce l’Embrunais, qui envisage d’organiser des ateliers de fabrication. Aujourd’hui, ses trajets à vélo sont « beaucoup plus sereins ». « Beaucoup moins de gens me serrent, je suis plus en sécurité, j’en ai vraiment la sensation. Il y a bien sûr quelques personnes qui râlent, et quelques-unes m’applaudissent. Mais globalement, je prends moins de risques à faire du vélo avec que sans. »

La fixation de l’écarteur de danger de Mathieu Beth / Photo : ram05

Mais si cet équipement réduit les risques, il ne les supprime pas totalement. « J’ai une copine qui m’a dit : « Oh, il est super ton écarte-con ! » », sourit Mathieu Beth. « Effectivement, les gens qui respectent le code de la route, ça ne les gêne pas. Ceux que ça gêne, ce sont ceux qui n’avaient pas l’habitude de le respecter. »

« Par contre, ce n’est pas un « écarte-très con » », précise le cycliste bricoleur : « il y a des gens qui veulent absolument me pousser dans le côté et donc plient le bâton. Plier la baguette, ce n’est pas grave, mais par contre des fois ils passent très près. Donc il y en a un qui a fini à la gendarmerie. »

Le cas des voies partagées

L’outil se révèle en particulier utile sur les voies partagées entre vélos et voitures, comme dans la traversée du centre-ville d’Embrun, où la distance de dépassement est d’ailleurs fixée à un mètre cinquante par la signalisation. « L’écarteur de danger fait son boulot là où la voie partagée ne le fait pas vraiment », estime l’habitant. « Je trouve qu’à Embrun, la voie partagée fait croire à certains qu’on a chacun notre voie. Ils cherchent à passer, quoi qu’il arrive, chacun dans sa voie. Sauf que mon guidon dépasse sur la voie des voitures et que le rétroviseur des voitures dépasse sur ma voie, donc ça ne passe pas. L’écarteur est d’autant plus utile. »

Mathieu Beth appelle les forces de l’ordre à se mobiliser davantage sur le respect de cette distance de sécurité et à mener des actions de prévention.