« Travailler plus avec toujours moins » : 500 personnes mobilisées pour les services publics à Gap
Près de 500 personnes se sont rassemblées ce mardi 29 septembre à Gap, à l'appel de l'intersyndicale, pour défendre la fonction publique. Salaires, effectifs, conditions de travail et accès aux services publics : les agents, venus de différents secteurs, ont témoigné de difficultés qui touchent aussi bien la santé que l'Éducation nationale.
CFDT, CGT, Force ouvrière, UNSA, Solidaires... À 10 h devant le Conseil départemental, le rassemblement se forme. Les représentants des syndicats prennent alors la parole pour dénoncer à une voix les conditions de travail, le gel des salaires et le manque de moyens aussi bien humains que financiers. Derrière les revendications, « une question se pose : quels services publics voulons-nous pour demain ? ».
À l'hôpital, des conditions de travail toujours plus dégradées
Parmi les manifestants, plusieurs agents du centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud (Chicas) étaient présents. Pour Florence Cheilan, préparatrice en pharmacie et déléguée syndicale, les conditions de travail se sont nettement dégradées ces dernières années : « On nous demande de travailler depuis des années avec de moins en moins. »
Et les épisodes de canicule vécus cet été, l'inquiète : « Ça a été très compliqué de travailler. Nos locaux ne sont pas adaptés... On sait que les canicules ne s’arrêteront pas après cet été, il faut prévoir maintenant pour l'avenir », témoigne-t-elle.
La question des rémunérations revient régulièrement dans les revendications. Mais les agents hospitaliers demandent aussi une prise en charge de leur complémentaire santé. « On veut une vraie complémentaire santé ; elle est obligatoire pour tous les salariés du privé, et nous, à l'hôpital public, on ne l'a pas », déplore Florence.
Pour la syndicaliste, ces difficultés finissent aussi par peser sur l'attractivité des métiers hospitaliers : « Qui veut travailler pour de tels salaires, dans de telles conditions, en n'ayant pas d'horaires ? »
Dans les écoles, la question des postes
Dans l'Éducation nationale, les revendications portent notamment sur les effectifs. Yvan Tessier, de la FSU-SNUipp 05, appelle à tenir compte des particularités du département.
« Nous, ce que l'on réclame, c'est que les postes restent et que l'on puisse faire quelque chose de qualitatif. Qu'on arrête de nous parler de quantitatif. »
Dans les écoles rurales, les classes regroupant plusieurs niveaux restent nombreuses. Certaines accueillent 25 ou 26 élèves avec trois ou quatre niveaux, selon le syndicaliste. Pour lui, la baisse démographique ne doit pas servir de justification à la suppression de postes.
L'accompagnement des élèves en difficulté constitue une autre source d'inquiétude. Les réseaux d'aide sont jugés insuffisamment dotés et le manque de place dans les établissements médico-sociaux est également pointé. « Des enfants se retrouvent sans solution, faute de places disponibles. »
Autre sujet de colère pour Yvan, « l'empilement des réformes » : « En deux ans, je pense que nous avons eu 6 ministres... On a besoin d'une ligne directrice claire. On entend faire de nous des exécutants de ce qui vient d'en haut. Quand j'ai commencé mon métier à la fin des années 90, on n'était pas considéré comme des exécutants, mais comme des concepteurs, on aimerait garder cela, c'est le cœur de notre métier. »

Au collège Simone Veil de La Bâtie-Neuve, les assistants d'éducation alertent eux aussi sur leurs conditions de travail. Émilie, AED depuis sept ans, évoque des effectifs d'élèves qui augmentent continuellement malgré les annonces de baisse démographique.
« Une collègue doit prochainement partir en congé maternité. Elle travaille actuellement à 75 %, mais ne devrait être remplacée qu'à hauteur de 25 %. Avec un effectif total, on n'est déjà pas assez, mais là, avec le congé maternité, on va se retrouver en sous-effectif plus plus », souligne-t-elle.
Les assistants d'éducation jouent pourtant un rôle qui dépasse la seule surveillance des élèves. « On est là pour accompagner l'élève dans sa scolarité, dans son quotidien. Si on pouvait nous donner une matière d'apprentissage, ce serait le savoir vivre-ensemble », explique Émilie.
Manu, de Sud Éducation 05, dénonce la précarisation de leur statut. Les AED doivent notamment attendre six ans avant de pouvoir accéder à une CDIsation. « L'Éducation nationale est le premier employeur de précaires en France », dénonce-t-il.
Budget 2027 : «Une catastrophe pour la population »
Au-delà de leurs secteurs respectifs, les organisations syndicales dénoncent des choix budgétaires qui, selon elles, fragilisent progressivement les services publics.
Damien Kuster, secrétaire de l'union départementale Force ouvrière des Hautes-Alpes, dénonce ainsi un budget « d'une violence inouïe ». Il fait référence aux 54 milliards d'euros d'économies annoncés au niveau national pour le budget 2027.
« Ça va taper sur la santé, sur l'ensemble des services publics, sur les effectifs. C'est une catastrophe pour la population, qui va encore voir des services publics se détériorer alors qu'ils sont déjà dans un état de faiblesse phénoménal. » Le syndicaliste cite également les difficultés rencontrées par les personnes âgées dans un département où les distances peuvent compliquer l'accès aux services.
« On a besoin d'humain. En face, on nous met des ordinateurs, ce n'est pas une solution. »
Santé, éducation, fonction territoriale, transports : les syndicats estiment que les difficultés rencontrées dans ces différents secteurs dépassent la situation des seuls agents publics. Elles interrogent aussi la capacité à maintenir des services accessibles sur l'ensemble du territoire haut-alpin.