« Moi, migrant » : des jeunes montent sur scène pour raconter leur histoire
Dix jeunes de 16 à 18 ans, originaires du Mali, du Bangladesh, de Guinée, du Cameroun ou encore de Côte d’Ivoire, présentent « Moi, migrant… rêver au-delà des mers », une pièce de théâtre inspirée de leurs propres parcours d’exil. Après plusieurs mois de travail, ils ont joué pour la première fois leur spectacle dimanche à Romette, à l’occasion de la Fête africaine organisée par l’association OYILI.
Le projet est né de plusieurs mois d’improvisations autour des parcours migratoires des jeunes. Peu à peu, leurs récits ont donné naissance à Moi, migrant… rêver au-delà des mers. À travers le personnage de Sékou, ils évoquent l’espoir d’une vie meilleure en Europe, mais aussi les dangers du désert, de la route et de la traversée de la Méditerranée. Une manière de donner à voir une réalité souvent réduite à quelques chiffres.
« C’est quelque chose qui vient du cœur »
« C’est quelque chose qui vient du cœur, c’est de raconter comment nous avons traversé pour venir ici, ce que nous avons vécu sur cette mauvaise route », explique Abdoulaye Diallo. « Beaucoup de personnes parlent d’immigration mais ne savent pas ce qu’il se passe réellement sur la route. »
Pour Nathalie Tison, l’objectif est autant artistique qu’humain : « Pour eux, c’est prendre la parole publiquement, c’est parler de soi, c’est parler de son parcours. » Depuis octobre, elle propose des ateliers de théâtre aux jeunes mineurs non accompagnés confiés à l’ADSEA, l’association départementale pour la sauvegarde des enfants et des adultes.
Avec ce spectacle, elle aimerait « sortir des grands préjugés qu’on peut avoir sur les migrants». Elle confie : « Parce que derrière chaque histoire, derrière chaque personne, il y a une famille, il y a des raisons, il y a toute une vie qui est derrière. Pour moi, ce qui est très important, c’est de leur donner la parole, c’est de les faire briller et leur redonner de la dignité. »
Le message est assumé jusque dans le titre du spectacle. « Migrant, c’est un mot assez dur, mais c’est notre histoire », affirme Paul Boko, conscient de la connotation que peut avoir ce mot. « On ne pourra jamais changer cela. C’est ce que nous sommes, une partie de notre identité. »
Une victoire collective
Au-delà du message porté, le projet représente aussi un accomplissement personnel pour plusieurs participants. Certaines scènes replongent les jeunes dans des souvenirs douloureux. « C’était difficile de répéter tout le temps, mais nous avons gardé confiance », raconte Cheick Sidibe.
Pour Arafat Rahman Limon, arrivé du Bangladesh il y a seulement six mois, le défi était aussi linguistique. « Je ne connaissais pas un seul mot de français. J’ai dû commencer à zéro. C’était dur de me rappeler de mes lignes, la prononciation française est difficile… mais je fais de mon mieux. Je suis fier de moi et des personnes avec qui j’ai travaillé. Je pense qu’on va faire un carton! »
Même sentiment de fierté pour les autres membres de la troupe. Malgré les difficultés rencontrées pendant les répétitions, tous soulignent l’esprit d’équipe qui s’est créé au sein du groupe.
« Moi, je ne suis pas stressé, je suis pressé ! »
Après plusieurs mois de travail et une première représentation devant le public, l’impatience a finalement pris le dessus sur le stress. « Moi, je ne suis pas stressé, je suis pressé », sourit Sory Camara avant d’inviter le public à venir assister à l’une de leurs représentation.
Trois dates sont encore prévues : le samedi 27 juin à 18h30 à la Salle des fêtes du Bersac, à 18h30 le 4 juillet au Quai des Arts à Veynes et le dimanche 5 juillet à Saint Pierre d’Argençon à 21h.