Embrun : le « Cha », un tiers-lieu porté par des habitants pour créer du lien et mettre en commun des savoir-faire
C’est un nouveau tiers-lieu qui ronronne depuis quelques mois à Embrun. Le « Cha » est né de l’envie d’habitants de favoriser le lien social et le partage de savoir-faire. Les bénévoles y tiennent entre autres un repair café, une bibliothèque, des ateliers informatique, d’écriture rap et des séance de projection.
C’est un mini tiers-lieu, une salle voûtée de 30m² dans un espace déjà bien optimisé malgré une ouverture récente, début janvier. À l’entrée, un comptoir permet d’accueillir les curieux. Plus loin, cohabitent un home studio d’enregistrement, un bureau truffé d’outils de mesure et de réparation, et des canapés, points d’atterrissage de discussions animées et de participants aux ateliers.
Anna, habitante d’Embrun et cofondatrice du projet, porte en elle cette envie d’un lieu convivial et de partage depuis cinq ans. « L’idée est née face au constat que l’on manque vraiment de mixité sociale », résume-t-elle. L’emplacement n’a pas été choisi au hasard. Si un espace plus central aurait permis une meilleure visibilité, il n’aurait pas forcément été pertinent pour brasser les publics. « Des habitants d’un quartier HLM nous expliquent que certains n’osent pas aller au cinéma, au marché, au plan d’eau. Par manque de moyens mais aussi parce qu’il ne se sentent pas bien acceptés, regardés, et parfois même méprisés. On s’est dit que c’était peut-être l’occasion de prendre ce local qui était libre à côté de ce quartier pour encourager la population à se rencontrer. »

Le partage et l’entraide au cœur du projet
La programmation est entièrement portée par des bénévoles qui veulent partager un savoir-faire, une passion. À l’instar de Mathieu, qui anime des ateliers d’écriture de slam et de rap. « Les textes abordent fréquemment les thèmes de société, et il y a parfois des choses très poétiques qui sont écrites par les gars et les filles. À chaque fois je suis assez surpris de la qualité des écrits ». Il sourit en se remémorant le dernier exercice en date : placer dans les rimes une vingtaine de mots écrits sur une feuille. « Il y en a qui ont joué le jeu à fond, d’autres qui étaient en galère, et c’était hyper drôle. On a fait une belle restitution et l’idée c’est que chacun puisse slamer rapper ou juste lire son texte à la fin de la séance. »
« Insuffler une culture de la réparation »
Au CHA, « n’importe qui peut proposer des animations, mais pas n’importe quoi », souligne Anna. La programmation doit « coller » à l’objet de l’association qu’elle résume en quatre mots : « justice sociale, justice environnementale ». D’où une culture de la mise en commun et de la sobriété, particulièrement bien illustrée par le repair café qu’animent par Maxime et Nicolas.

« Je leur montre comment utiliser les instruments de mesures, les outils, identifier les composants. Ca peut être très utile car généralement les gens jettent et les composants qui ont nécessité beaucoup d’énergie et de savoir-faire sont broyés pour récupérer deux ou trois métaux, ce qui est ridicule », déplore Nicolas, qui veut « insuffler une culture générale de la récupération, de la réparation et du faire soi-même ». Dernièrement, il a réparé en atelier une série d’écrans d’ordinateur sur le point de partir à la déchetterie.
Un fonctionnement supporté exclusivement par les adhésions
Actuellement « les demandes de subventions ne sont pas à l’ordre du jour », indique Anna. Pour atteindre l’équilibre financier et pérenniser son activité le Cha doit réunir environ 400 euros chaque mois, ce que coûte en fonctionnement le tiers-lieu à l’association : loyer, électricité, assurance… L’adhésion ponctuelle ouvre droit aux animations tandis qu’un don mensuel est un soutien. Les adhésions sont gratuites pour les moins de 18 ans.

Ram05 vous propose une immersion sonore long-format dans le Magazine de la rédaction du mercredi 15 avril à 9 heures et 18 heures ou en podcast à partir de cette même date.
