L'arrêté suspendu, les manifestants ont rejoint les rues piétonnes.

Vie chère et liberté de manifester : les enjeux de la mobilisation à Gap

Ce samedi 24 octobre, 800 000 personnes ont manifesté dans toute la France contre la vie chère, à l'appel des Gilets jaunes. Dans les Hautes-Alpes, plusieurs rassemblements étaient prévus. À Gap, 400 personnes ont défilé dans les rues après la suspension de l'arrêté préfectoral interdisant les manifestations dans le centre ancien.

À 9 heures, les premiers manifestants se retrouvent sur l'esplanade Desmichels, derrière la pyramide. Pour cette nouvelle journée d'action, les effectifs des forces de l'ordre ont été renforcés.

Un ras-le-bol général et des revendications multiples

« Celui qui a cassé l'école, celui qui a cassé le chômage, l'hôpital, les industries, le plus gros casseur de France, c'est Macron ! », scande un manifestant, micro à la main.

Venue du Queyras avec deux amies, Noémie évoque une convergence de luttes : « Il y a beaucoup de choses : la vie chère, le prix de l'essence, de l'énergie, pouvoir vivre dignement. Mais il y a aussi la montée du fascisme. Il faut continuer à se battre pour les droits qu'on a acquis. » La manifestante souligne aussi la présence de drapeaux palestiniens, témoins de l'importance des enjeux internationaux.

Plus loin, Pascale, Gilet jaune de la première heure, militante à la CGT et à La France insoumise, dénonce les difficultés rencontrées par les ménages : « Il faut que ce gouvernement cesse cette violence et écoute le peuple qui souffre. Ce peuple ne mange pas, il n'arrive pas à boucler ses fins de mois, il travaille pour payer des factures avec un frigo vide. Cette situation est intolérable. Il y a des parents qui se privent pour donner à manger à leurs enfants... en 2026. Est-ce qu'on rétrograde ou est-ce qu'on avance ? »

Sur sa pancarte, elle énumère les motifs de sa mobilisation : « Gilets jaunes, on est là contre l'État policier, les guerres, la vie chère, les riches, le "cron" [surnom donné à Emmanuel Macron par les Gilets jaunes], le capitalisme, le racisme. »

Les médias également dans le viseur

Au lendemain de l'attentat terroriste et raciste à Trappes, qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et fait cinq autres blessés, dont une enfant de 12 ans, les médias sont eux aussi pris à partie. Sur une banderole, on peut lire : « Pascal Praud-CNews tuent ».

Plusieurs participants dénoncent une couverture médiatique centrée sur les violences et les dégradations. « Les médias disent qu'on casse tout, mais ils ne montrent jamais les moments joyeux, les moments où on se regroupe, on échange et on essaie de faire le mieux pour notre avenir », regrette une jeune femme.

Pour d'autres, ce traitement contribue à décourager la mobilisation : « Dans les médias, la couverture se fait sur les dégâts causés en marge des manifestations. On ne parle pas des rassemblements pacifiques, des revendications. On fait peur aux gens. Du coup, certains n'osent plus manifester. D'autres se disent que, pour les élections, ils vont voter pour le parti de l'ordre. On sait très bien ce que ça veut dire. »

La suspension de l'arrêté préfectoral, « une victoire collective »

L'arrêté pris le jeudi 22 octobre par la préfecture, qui interdisait les manifestations dans le centre ancien de Gap, ainsi que le renforcement du dispositif policier, suscitent l'incompréhension. Pour Florian, ces mesures sont « délirantes » : « À Gap, il ne s'est pas passé grand-chose. Beaucoup de gens trouvent ça absurde. Ce sont des mesures liberticides prises au niveau national, et les politiques locales de droite en profitent. »

D'autres manifestants dénoncent une dérive autoritaire plus générale. « Le pouvoir perd ses nerfs, il utilise la force pour faire taire les gens. Mais le mécontentement, la frustration, les problèmes sont toujours là et il ne résoudra rien ainsi », estime Pascale.

La question de la liberté de manifester revient régulièrement dans les discussions. « Ni de violence d'un côté, ni de l'autre. Il faut que l'on puisse exercer notre liberté. Après, c'est le travail des services d'ordre et de l'encadrement des manifestations de sécuriser tout ça, mais on doit avoir le droit de manifester », insiste un participant. Certains s'interrogent également sur les raisons qui ont motivé l'interdiction. « La semaine dernière, il y a eu très, très peu de problèmes. Je ne comprends pas les raisons derrière cet arrêté », témoigne une manifestante, qui craint une restriction progressive des libertés.

Le mouvement des Gilets jaunes semble par ailleurs trouver un nouvel écho auprès des plus jeunes. « Je pensais que les Gilets jaunes, c'était devenu ringard. Mais on se rend compte que beaucoup de jeunes l'adoptent. C'est devenu un symbole qu'ils se sont réapproprié, comme un passage de flambeau. Ça montre que le mouvement n'a pas été tué dans l'œuf. C'est génial », se réjouit Florian, gilet jaune.

Aux alentours de 10 h 30, la nouvelle tombe : le juge des référés a suspendu l'arrêté préfectoral interdisant les manifestations dans le centre de Gap. Si des incidents ont été relevés le 17 octobre, le juge estime que rien ne permet d'établir un risque suffisamment certain pour justifier cette interdiction.

Pour les organisations syndicales, cette décision constitue « une victoire collective ». Alain, militant CGT, souligne le caractère inédit de leur démarche : « C'est la première fois à ma connaissance que les organisations syndicales réagissent de manière unitaire et très rapidement pour engager une procédure afin d'obtenir la suspension de cet arrêté d'interdiction. C'est historique, alors même qu'elles ne sont pas à l'initiative de ce rassemblement. Elles sont intervenues dans l'intérêt général. C'est essentiel parce qu'on doit être unis. »

Il dénonce également une forte répression et des tentatives de discréditer le mouvement. « Il faut qu'on soit toujours plus nombreux, plus unis, pour arrêter cette dérive », conclut-il.

Un défilé dans la bonne humeur

Après l'annonce de la suspension de l'arrêté, les manifestants décident de défiler dans les rues de Gap. Bloqué par des policiers à l'entrée de la rue Pasteur, le cortège se dirige finalement vers la rue Jean Eymar. Les participants traversent ensuite le marché dans une ambiance bon enfant, avant de rejoindre le rond-point du théâtre, boulevard Georges Pompidou.

Musique en tête, une quinzaine de manifestants forment une chenille pour ralentir la circulation pendant quelques minutes. Le cortège remonte ensuite le boulevard Pompidou, où la circulation est bloquée sur une voie. Plusieurs automobilistes manifestent leur soutien en klaxonnant.

La foule se disperse finalement au rond-point des Cèdres.

Une nouvelle journée d'action est annoncée le samedi 31 octobre contre la vie chère et en soutien au mouvement lycéen. Une manifestation sur le thème d'Halloween est prévue à 14 heures, sur l'esplanade Desmichels.

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