La préfecture interdit les manifestations samedi dans le centre de Gap, la CGT défend ce « droit fondamental »
Ce jeudi, la préfecture des Hautes-Alpes a annoncé un « dispositif de sécurité renforcé » pour le 24 octobre. À Gap, « toute manifestation à l'intérieur du centre ancien sera illégale ». La CGT demande le retrait de l’arrêté et rappelle que « la liberté de manifester n'est pas une faveur ».
Ce jeudi soir, alors que son site internet est inaccessible pour cause de maintenance, la préfecture détaille, dans un communiqué de presse et une publication diffusée sur ses réseaux sociaux, les mesures prévues pour le 24 octobre.
Manifestations interdites, effectifs renforcés et surveillance vidéo
À l'issue d'une réunion avec les services de renseignement jeudi matin, le président de la République déclarait : « La recommandation générale, c'est qu'il n'y ait pas de manifestation. Les gens qui veulent continuer à manifester, quand ce sont des organisations syndicales, les préfets proposeront des tracés alternatifs. Quand ce ne sont pas des organisations syndicales, partout où on le peut, on interdira. » Le soir même, par arrêté, le préfet interdit toute manifestation dans le centre de Gap, tout au long de la journée de samedi. Toute manifestation organisée dans le centre ancien sera donc considérée comme illégale, afin « de protéger les secteurs les plus sensibles ».

Dans son communiqué, la préfecture rappelle que la participation à une manifestation interdite est passible d'une contravention de 4e classe, pouvant atteindre 750 euros d'amende. Quant à l'organisation d'une telle manifestation, elle constitue un délit passible de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende.
Le préfet interdit également, par arrêté, l'acquisition, le port et le transport d'engins pyrotechniques et d'armes par destination.
Les effectifs de la police nationale mobilisés seront doublés par rapport au précédent rassemblement. Une surveillance vidéo sera assurée grâce à des drones et à l'exploitation des images des caméras de vidéoprotection de la ville, « afin d'être en mesure de verbaliser toute infraction commise ». La police municipale renforcera également ses effectifs.
Deux mineurs interpellés après la mobilisation du 17 octobre
Samedi dernier, entre 800 personnes selon la préfecture et plus de 1 000 selon les syndicats se sont rassemblées dans les rues de Gap, sans déclaration préalable. Les manifestants ont déambulé dans le centre-ville le matin, puis l'après-midi.
Lors de cette mobilisation, « un caddie enflammé a été projeté contre la préfecture, et un véhicule de police a été la cible de projectiles », indique la préfecture.
Selon cette dernière, les auteurs présumés ont été interpellés grâce à l'exploitation des images de vidéoprotection de la ville, qui ont permis de les identifier. Les deux mineurs ont été présentés ce 22 octobre à la procureure de la République et au juge des enfants afin de répondre des faits qui leur sont reprochés.
Ces événements justifient, selon la préfecture, la mise en place de mesures de sécurité renforcées.
À Briançon, une déambulation non déclarée a également eu lieu le 17, sans incident, précise la préfecture. Le dispositif d'intervention de la police nationale y sera lui aussi renforcé. Les forces de la gendarmerie nationale seront également mobilisées « pour garantir la sécurité en tout point du département ».
Depuis le début du mois d'octobre, 15 mineurs ont été interpellés, selon la police nationale des Hautes-Alpes.
Pour la CGT, « à Gap, le droit de manifester ne s'interdit pas ! »
Dans la foulée, l'union départementale de la CGT des Hautes-Alpes a réagi aux annonces de la préfecture.
« La CGT ne cautionne pas les dégradations. Mais les événements du 17 octobre ne sauraient, à eux seuls, justifier une interdiction générale de manifester », estime le syndicat.
La CGT déplore également le recours aux gaz lacrymogènes lors de la mobilisation du 17 octobre. « Alors que les effectifs policiers doivent être doublés et les moyens de surveillance renforcés, l'UD CGT des Hautes-Alpes s'interroge sur la nécessité et la proportionnalité d'une telle mesure. Gardiens de la paix ou force de l'ordre ? Préserver la paix et maintenir l'ordre ne sont pas des missions contradictoires, mais le maintien de l'ordre doit aussi garantir l'exercice des libertés publiques. La liberté d'expression, la liberté de réunion et le droit de manifester sont des libertés fondamentales. Leur restriction doit être nécessaire, adaptée et proportionnée aux risques de troubles à l'ordre public. »
Dans son communiqué, le syndicat demande au préfet de retirer l'arrêté d'interdiction et de mettre en œuvre « les mesures permettant de concilier sécurité des personnes et exercice pacifique du droit de manifester ».
Il conclut : « À Gap comme ailleurs, la liberté de manifester n'est pas une faveur accordée par le préfet. C'est un droit fondamental ! »
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