Manifestation du 5 novembre : À Gap, des grenades lacrymogènes tirées devant le commissariat

Entre 1 500 et 2 000 personnes ont manifesté jeudi 5 novembre à Gap, à l'appel de l'intersyndicale. Elles étaient environ 600 à Briançon. Les mobilisations se sont déroulées sans incident jusqu'à ce que la situation se tende à Gap, vers 13 heures, devant le commissariat. Plusieurs salves de grenades lacrymogènes ont été lancées. Un usage justifié, selon la préfecture, par des jets de projectiles et « des policiers pris à partie ».

Au cours de la matinée, des manifestants informent les participants au cortège de l'interpellation de quatre personnes à leur domicile, à Gap, Tallard et Embrun. Placées en garde à vue, elles sont visées par une enquête ouverte après qu'une silhouette en carton à l'effigie du président de la République a été brûlée, le 31 octobre, sur l'esplanade Desmichels. Selon la préfecture, les images de vidéosurveillance ont permis d'identifier les personnes mises en cause.

Une manifestante dénonce des interpellations « ciblées » pour un acte qu'elle juge collectif. Un sentiment partagé par une militante, proche de l'une des personnes interpellées ; elle confie : « Les policiers sont arrivés à 6 heures du matin. Le prétexte, c'est ce caddie, sachant que cette personne n'a pas mis le feu au caddie mais elle a une sono, elle prend souvent la parole. C'est encore une fois pour nous donner peur d'aller manifester. Je viens d'un pays en dictature, ça commence avec des petits pas comme ça pour semer la peur et que les gens n'osent plus rien faire. »

Cantine solidaire, fanfare et slogans contre la police

Le parcours de la manifestation déclarée en préfecture par les syndicats se termine sur l'esplanade Desmichels. Au moment des prises de parole de l'intersyndicale, un gilet jaune prend également le micro pour inviter les manifestants à se rendre devant le commissariat.
Près de 200 personnes, selon la préfecture, se retrouvent alors devant le commissariat pour demander leur libération.

La Confédération paysanne y a déjà installé une cantine solidaire et une fanfare accompagne le rassemblement. Plusieurs chants et slogans contre la police sont scandés. Une douzaine de policiers sont déployés devant le commissariat, positionnés en ligne sur le parking, faisant face aux manifestants.

Après une trentaine de minutes, les forces de l'ordre annoncent leur intention de disperser la foule. Une décision qui suscite l'incompréhension des manifestants. Les forces de l'ordre expliquent alors que la manifestation déclarée est finie et que les militants forment un attroupement gênant la circulation.

L'un d'eux regrette : « Il y avait une volonté d'arrêter net la manifestation. Ils considéraient que c'était fini, alors que ça fait des années qu'après le parcours, on se pose sur un rond-point ou une place. »

Plusieurs personnes restées sur le trottoir échangent avec les policiers lorsqu'un premier accrochage survient. Un manifestant se place sur le parking du commissariat, un verre de soupe à la main, à quelques mètres des policiers. L'un d'entre eux lui demande de quitter le parking pour rejoindre le trottoir. Face à son refus, il le repousse. Les deux hommes s'agrippent et le manifestant éclabousse le policier. Un attroupement se forme avec des manifestants et des policiers ; ces derniers font alors usage d'une gazeuse lacrymogène.

Des grenades lacrymogènes, une interpellation, un policier blessé selon la préfecture

Après trois sommations, une première salve de grenades lacrymogènes est tirée sur les manifestants. La foule se sépare des deux côtés de la place, pour éviter les grenades et s'éloigner du gaz. Ce dernier atteint jusqu'au parking du commissariat et les forces de l'ordre rentrent à l'intérieur.

Le gaz se disperse et, progressivement, les manifestants regagnent l'esplanade.

Les policiers sortent de nouveau et une deuxième salve de grenades lacrymogènes est lancée alors que la Confédération paysanne démontait sa cantine solidaire et pliait bagage.

La préfecture justifie l'usage de ces grenades par des jets de projectiles et des policiers pris à partie. Toujours selon les services de l'Etat, un policier aurait été blessé. Une personne a également été interpellée pour rébellion et entrave à la circulation.

Sur une vidéo partagée par une manifestante présente sur place, on voit, rue Pasteur, une femme s'adresser à un policier, puis se retourner vers les personnes derrière elle. C'est à ce moment-là que le policier la pousse une première fois dans le dos. Elle se retourne alors pour lui faire face. On la voit ensuite de nouveau être poussée et traînée au sol sur quelques mètres, puis relevée et conduite au commissariat.

Les forces de l'ordre reculent sous les huées des manifestants toujours présents. Le rassemblement se disperse peu à peu, jusqu'à prendre fin vers 14h30.

Au lendemain de la manifestation, ce 6 novembre, une dizaine de personnes se sont retrouvées sur l'esplanade de la Paix autour d'un petit-déjeuner pour dénoncer cette interpellation. La manifestante était alors toujours en garde à vue.

Les quatre autres personnes interpellées ont, elles, été libérées jeudi soir. Un nouveau rassemblement est annoncé ce samedi à 14 heures, devant la pyramide à Gap, pour poursuivre la mobilisation et dénoncer ces interpellations.

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