30 min Le Mag' —

Une exposition itinérante pour les 90 ans du Front populaire dans les Hautes-Alpes

À l'occasion des 90 ans du Front populaire, l'Institut d'histoire sociale CGT des Hautes-Alpes propose une exposition itinérante pour revenir sur cette période et comprendre comment elle s'est traduite dans le département. Philippe Cottet, président de l'association, revient sur cette page de l'histoire sociale haut-alpine.

En mai 1936, le Front populaire remporte les élections législatives. Cette victoire de la gauche ouvre la voie à d'importantes avancées sociales, parmi lesquelles les congés payés et la semaine de 40 heures. Mais comment cette période a-t-elle été vécue dans les Hautes-Alpes ? C'est ce que souhaite faire découvrir l'Institut d'histoire sociale CGT du département à travers une exposition itinérante.

Créée pour faire connaître une histoire sociale locale encore peu documentée, l'association mène des recherches, organise des conférences et des expositions.

Une victoire politique qui trouve un écho dans les Hautes-Alpes

Pour comprendre les événements de 1936, il faut remonter quelques années en arrière. La crise économique de 1929 atteint la France à partir de 1931, entraînant chômage, hausse des prix et précarité. Dans ce contexte, les événements du 6 février 1934, marqués par une manifestation de l'extrême droite, accélèrent le rapprochement des forces de gauche, des syndicats mais aussi d'associations. Une union qui donnera naissance au Rassemblement populaire, futur Front populaire.

Dans les Hautes-Alpes, la victoire électorale se traduit notamment par l'élection de deux députés du Rassemblement populaire. Un changement politique qui accompagne une période de mobilisation sociale. Le 9 juin 1936, les ouvriers du bâtiment à Gap se mettent en grève. Ils partent à la rencontre de leurs collègues sur les autres chantiers de la ville et parviennent à mobiliser près de 800 salariés.

La dynamique politique et sociale née de la victoire du Front populaire contribue alors à créer un rapport de force favorable aux grévistes. Leurs revendications sont entendues. Le mouvement aboutit notamment à la rédaction d'une première convention collective à Gap pour les travailleurs du bâtiment.

« C'est la première grosse mobilisation dans les Hautes-Alpes à ce niveau-là », souligne Philippe Cottet.

À Savines, une grève qui se solde par un échec

L'exposition revient aussi sur une mobilisation moins victorieuse. En octobre 1937, les salariés de la Cotonnière du Sud-Est, à Savines, décident de créer un syndicat CGT au sein de l'usine et de présenter leurs revendications à la direction. Face à son refus de les recevoir, ils choisissent la grève.

Mais impossible d'échanger avec la direction et le mouvement s'essouffle progressivement. Lorsque l'usine rouvre en août 1939, certains salariés sont repris, mais pas les grévistes ni les syndiqués CGT. Pour Philippe Cottet, cet épisode illustre la résistance d'un patronat textile qui « ne supporte pas que les ouvriers puissent faire entendre leur voix ».

Le Front populaire, une référence pour aujourd'hui ?

Quatre-vingt-dix ans après, cette période historique continue de faire écho à l'actualité. Philippe Cottet relève plusieurs similitudes : une situation économique difficile, une gauche divisée et une extrême droite qui progresse en Europe et en France. Mais il rappelle aussi que le contexte industriel et l'organisation du travail ont profondément changé.

S'il considère le Front populaire comme une référence pour nourrir les réflexions politiques, syndicales et sociales actuelles, il met en garde contre une vision idéalisée de cette période. « On peut s'en servir comme une référence, comme un horizon peut-être pour les réflexions actuelles », explique-t-il, avant de rappeler qu'il faut avant tout « partir de nos réalités actuelles pour construire les choses et non pas rêver d'un passé sublimé ».

Jusqu'au samedi 7 novembre, l'exposition est présentée au Marché couvert de L'Argentière. Samedi, à 13h 30, au cinéma L'Eau vive, l'IHS proposera une séance (gratuite) avec un court-métrage sur le Front populaire suivi d'un exposé-discussion.