Lors de la mobilisation du 6 octobre à Gap.
29 min La Vie Publique —

Mobilisation lycéenne : « Il ne faut pas lâcher tant qu'on n'a pas obtenu ce qu'on veut »

Conditions d'études, manque de moyens, violences policières : Évangeline, en seconde, et William, en première au lycée Dominique Villars, à Gap, dénoncent les difficultés rencontrées par les lycéens. Au micro de ram05, ils défendent une mobilisation qui, selon eux, doit dépasser les murs des établissements scolaires pour rassembler élèves et adultes autour de revendications communes.

Pour Évangeline et William, la mobilisation lycéenne traduit un malaise profond. Ils dénoncent la baisse des moyens accordés à l'éducation, les bâtiments dégradés, le manque de professeurs et les difficultés de fonctionnement des établissements. À leurs yeux, les réformes récentes ne répondent pas aux problèmes de fond.

Au lycée Dominique Villars, les difficultés sont concrètes. L'internat ne dispose pas de chauffage en ce moment, selon les élèves, et des infiltrations d'eau ont entraîné des travaux dans une partie du bâtiment. « Ce n'est pas normal qu'un endroit qui est censé décider de notre avenir ressemble à un bâtiment qui tombe en ruine », déplore William.

Les conditions de restauration posent également problème. Au lycée Dominique Villars comme à Aristide Briand, les files d'attente au self peuvent être longues et par manque de temps, certains élèves arrivent en retard en cours, parfois sans manger. Quant aux emplois du temps, pour les deux lycéens, avec des journées qui peuvent s'étendre de 8 heures à 18 heures, difficile de réserver des créneaux pour se reposer ou suivre une activité extrascolaire.

« On ne peut pas laisser les choses comme ça »

Face à la mobilisation, le Gouvernement a annoncé le recrutement de 3 000 enseignants et une hausse de 1,2 milliard d'euros du budget de l'Éducation nationale. Pour William, il s'agit d' « une première réponse », mais pas d'une solution suffisante : « C'est bien, mais pour moi, il faut carrément augmenter [les moyens], 1,2 milliard divisé sur plus de 600 lycées, à la fin, ça ne changera rien », estime William. Evangéline s'interroge aussi sur l'origine de ces recrutements et sur les raisons pour lesquelles les enseignants n'étaient pas présents auparavant.

Autre source d'inquiétude : Parcoursup. Les élèves dénoncent la pression exercée dès la seconde pour accumuler de bonnes notes et des activités valorisantes, alors même que leurs emplois du temps leur laissent peu de temps libre.

Les violences policières au cœur des inquiétudes

William raconte avoir été interpellé et placé en garde à vue après un blocus. S'il remercie les agents qui ont cherché à comprendre les raisons de la mobilisation, il dénonce des interventions qu'il juge disproportionnées. Depuis début octobre, selon les informations communiquées par la police nationale des Hautes-Alpes, 15 personnes, toutes mineures, ont été interpellées pour « des débordements survenus en marge des récentes manifestations ». Dans ce même communiqué de presse, les forces de l'ordre précisent : « Tous les auteurs de délit ont fait l'objet d'une convocation devant le tribunal pour enfants.»

Les deux élèves regrettent également que la couverture médiatique se concentre sur les violences commises par certains manifestants, au détriment des revendications portées par le mouvement. Ils demandent que les médias donnent davantage de place aux raisons de la mobilisation et aux actions pacifiques des jeunes.

Une mobilisation à élargir

À l'approche des vacances, les lycéens craignent que le mouvement s'essouffle. Ils appellent donc leurs camarades, y compris ceux des établissements moins touchés par les difficultés évoquées, à se mobiliser. Pour eux, les problèmes rencontrés aujourd'hui dans certains lycées peuvent concerner demain d'autres élèves et étudiants. Interviewés avant le 17 octobre au micro de RAM 05, les jeunes souhaitaient voir une convergence des luttes.

« Plus on sera nombreux, plus ça impactera, plus ça fera réfléchir », insiste Evangéline. Leur message est clair : ne pas laisser retomber la mobilisation avant d'avoir obtenu des changements. « Il ne faut pas lâcher tant qu'on n'a pas eu ce qu'on veut. »