Les lycéens sont venus le 15 octobre pour défendre leurs revendications.
30 min La Vie Publique —

Mobilisation lycéenne : « On ne nous prend pas au sérieux parce que nous sommes jeunes »

Manque de professeurs, bâtiments dégradés, inégalités entre les territoires : cinq élèves du lycée Aristide Briand, à Gap, dénoncent leurs conditions d'études. Au micro de ram05, avec Youeen, bénévole de la radio, ils défendaient le 15 octobre leur mobilisation et demandaient davantage de considération pour leur génération.

Depuis fin septembre, des lycéens se mobilisent pour réclamer davantage de moyens pour l'Éducation nationale. À Gap, Asya, Andréa, Taïna, Elisha et Noa, élèves en première et en terminale, veulent faire entendre leurs revendications. Au-delà de leur établissement, ils interrogent les inégalités scolaires et la place accordée à la jeunesse dans le débat public.

Professeurs, bâtiments, emplois du temps : le quotidien en question

Manque de moyens, classes surchargées, bâtiments dégradés : les cinq lycéens dressent un constat préoccupant. Au lycée Aristide-Briand, à Gap, certains cours peuvent être annulés faute d'enseignants. « Une collègue à nous n'a pas eu cours pendant deux mois dans sa spécialité. C'est inadmissible, il y a le bac à la fin de l'année », déplorent-ils.

Le bâtiment, construit dans les années 1960, souffre également de problèmes d'entretien. Une salle de classe a notamment été « inondée ». À l'internat, les élèves évoquent des problèmes de chauffage et des infiltrations d'eau. Pour eux, ces difficultés illustrent le manque d'investissement dans l'éducation.

Des inégalités qui pèsent sur leur avenir

Les difficultés ne se limitent pas aux conditions d'études. Pour les cinq lycéens, le manque de moyens creuse aussi les inégalités entre les territoires et restreint les possibilités d'orientation. À Gap, certaines options risquent de disparaître faute d'enseignants. « On est assez isolés, finalement. Ça nous restreint dans notre éducation et notre avenir, parce qu'on ne peut pas faire exactement ce qu'on voudrait faire, parce qu'on n'a pas les moyens suffisants », expliquent-ils.

Les élèves évoquent aussi la situation à Mayotte, où certains établissements sont confrontés à la surpopulation et au manque de matériel.

Les annonces du gouvernement concernant le recrutement de 3 000 enseignants ne les convainquent pas davantage.
« Pourquoi ça n'a pas été fait avant ? Pour moi, c'est juste pour calmer les manifestations », estime l'un d'eux. Ils s'inquiètent également des conséquences de la mobilisation sur les élèves, notamment des interpellations et des sanctions.

Les lycéens regrettent que leur parole soit parfois minimisée en raison de leur âge. « On ne nous prend pas au sérieux parce que nous sommes jeunes, mais c'est nous qui vivons toutes ces inégalités. C'est à nous d'en parler, et il faut nous écouter. »

« La Gen Z, ce n'est pas une génération de flemmards »

À ceux qui qualifient leur génération, la Gen Z, de génération « flemmarde », ils opposent leur engagement. Le 15 octobre, alors qu'ils ne commençaient les cours qu'à 14 heures, ils ont choisi de se lever tôt pour préparer des pancartes et participer à la mobilisation, souligne l'une des élèves. « Ce n'est pas des flemmards qui se lèvent à 6 h 30 pour aller manifester », défendent-ils.

« Ce n'est pas parce que les problèmes ont toujours été là qu'il faut les normaliser. Il faut faire notre possible pour vivre dans de meilleures conditions. » Une camarade ajoute : «Je pense, il faudrait au contraire nous féliciter. On prend sur nous, on porte nos voix, on va manifester, il y a des violences, des gardes à vue. On essaie de faire changer les choses. » Un sentiment partagé : «Ce n'est pas parce que ceux d'avant ont accepté que nous le devons. On apprend beaucoup de notre Histoire, de ceux avant qui se sont révoltés et je pense qu'on redécouvre cet héritage et qu'on s'en empare.»

Leur message à leurs camarades tient en quelques mots : « On reste soudés, on continue, on ne lâche rien. »