Loups braconnés : les agriculteurs mobilisés à Gap
Mercredi 5 août, plus de 200 agriculteurs et éleveurs se sont rassemblés pour afficher leur soutien aux personnes poursuivies par la justice pour l'abattage illégal de neuf loups.
Initialement, le rassemblement devait se tenir devant le palais de justice. Il a finalement été déplacé devant la préfecture. La FDSEA, les Jeunes Agriculteurs, la Coordination rurale et la Confédération paysanne ont fait entendre leur soutien aux personnes mises en cause dans l'abattage illégal de neuf loups.
« On est à bout »
Aux alentours de 21h, les tracteurs se sont avancés jusqu'à la préfecture. Devant les grilles, des brebis, un cercueil en bois aux couleurs de la FDSEA et des JA, et une banderole proclamant : « Prédation : un mensonge d'État ».
Parmi les manifestants, un couple d'éleveurs installé à Orcières, venu sans étiquette syndicale : « Pour être honnête, on ne veut pas que ceux de Cervières soient poursuivis. C'était un ras-le-bol légitime. On n'élève pas nos moutons pour qu'ils se fassent manger par les loups. »

« On est à bout. On a des loups, des moyens de protection en pagaille et, malgré tout, on se fait bouffer toutes nos brebis. Il n'y a plus d'issue », lance Christel Gagliardo, présidente de la FDSEA des Hautes-Alpes.
Pour elle, l'affaire de Cervières, bien qu'aujourd'hui sous les projecteurs, n'est pas le cœur du problème, mais la conséquence logique de la prédation du loup : « Il y a un tel niveau de pression, des gens tellement acculés qu'on en arrive à des choses illégales. Quand on découvre des cadavres le matin, quand on voit son travail saccagé, certains finissent par craquer. C'est ce mal-être qui nous pousse là. »
Les responsables syndicaux assurent ne pas vouloir commenter la procédure judiciaire en cours, mais revendiquent apporter leur soutien aux mis en cause. Ce mercredi soir, leurs demandes reposaient avant tout sur la gestion du loup et sur la protection des troupeaux.
Le comptage des loups cristallise les tensions
En soirée, une délégation est reçue par les services de l'État. À la sortie de la réunion, les représentants syndicaux dénoncent un manque de transparence et de réponses concrètes.
Pour les organisations syndicales, les chiffres retenus par les autorités sous-estiment la population réelle de loups, limitant de fait les possibilités de prélèvement. « Depuis des années, nous contestons les chiffres de l'OFB et c'est sur ces chiffres que se basent les quotas. Des quotas déjà faibles », explique Thomas Raso, co-porte-parole de la Confédération paysanne des Hautes-Alpes. Il ajoute : « La population de loups n'est pas freinée par les prélèvements, elle ne fait qu'augmenter. »
Une problématique dont l'ampleur est sous-estimée pour Édouard Pierre, secrétaire général de la FDSEA : « C'est entre 12 000 et 13 000 victimes de la prédation chaque année en France. Il faut se rendre compte. C'est une fuite en avant où tous les systèmes d'élevage sont impactés et où tous les territoires le sont maintenant aussi. »
« Si ni les comptages, ni les quotas ne bougent, les nouvelles possibilités données aux éleveurs pour défendre leurs troupeaux ne serviront à rien », estime Christel Gagliardo.
Une mobilisation appelée à se poursuivre
Le 31 juillet, une première action coup de poing s'était tenue à Embrun, devant la gendarmerie et une antenne de l’Office français de la biodiversité. Fumier, pneus, carcasse ont été déposés. Une initiative revendiquée par les JA.
Dans la foulée, les différents syndicats agricoles ont communiqué, montrant un front uni sur le dossier.
La Confédération paysanne des Hautes-Alpes était ainsi représentée par son co-porte-parole Thomas Raso. Ce dernier a apporté son soutien aux personnes mises en cause, tout en regrettant la médiatisation de cette affaire : « Du braconnage, il y en a déjà eu et il y a déjà eu des procès. Ce n'est pas exceptionnel. Chaque année, l'OFB les prend en compte. En général, les procès se déroulent sans publicité. Là, on en fait un sujet national et on voit déjà des associations environnementales de Paris s'annoncer parties civiles. Ça met le feu aux poudres. »

À l'issue du rassemblement, les organisations agricoles ont annoncé qu'elles poursuivraient leur mobilisation dans les prochains mois. « Sans intervenir dans la procédure judiciaire », elles assurent qu'elles seront présentes pour soutenir les prévenus lors du procès.
Les personnes mises en cause seront jugées en janvier 2027 devant le tribunal correctionnel pour destruction et complicité de destruction d'une espèce protégée.