Les lycéens sont à nouveau dans la rue ce 6 octobre. Pour ce troisième acte du mouvement national, 900 personnes ont défilé ce matin à Gap, selon la CGT, 600 selon la police nationale. Une mobilisation soutenue par plusieurs organisations syndicales.
Devant le lycée Aristide Briand, lycéens, professeurs et syndicats se sont retrouvés ce mardi matin. L'ambiance est bon enfant. Dans le cortège, les traditionnels chants de la CGT ont laissé place aux playlists des jeunes et les pancartes rivalisent de slogans « Boss lady se révolte » « semaine de 35h, je capte quand mon ex ? », « désolé pour le dérangement, nous essayons de sauver notre avenir » peut-on notamment lire.
Derrière les pancartes et la musique, les revendications sont nombreuses : des classes moins chargées, des emplois du temps allégés, davantage de professeurs et des moyens supplémentaires pour l'Éducation nationale.
Pression scolaire, emplois du temps, absence de professeurs...
Pour les élèves mobilisés, ces difficultés se font sentir au quotidien.
« On a beaucoup de pression. Il faut qu'on révise pour le bac, mais après, quand on termine les cours, on est épuisés. Si on essaie de faire un peu de sport à côté ou d'autres activités, c'est compliqué de caler tout ça dans une semaine. On est hyper fatigués. Du coup, c'est trop », confie une élève de terminale.
Une situation qui alimente le sentiment d'un manque de moyens et de considération pour la jeunesse.
« On est là pour nos droits, pour l'accès à une éducation dans de bonnes conditions pour tous et partout. On est là pour dénoncer la surcharge des classes, la pression, le manque de budget, le manque d'investissement pour la cause des jeunes », résume Anaëlle.
À ses côtés, pancartes en main, Laura et Nala ajoutent : « Et puis, on ne nous écoute pas, les lycéens, les étudiants. On le voit, ils envoient la police alors qu'on n'est pas dangereux. On essaie simplement de se faire entendre. »
Occupez-vous de nos profs, pas de nos voiles
Plusieurs élèves partagent aussi le sentiment que l'Éducation nationale « se trompe d'enjeux ».
« Occupez-vous de nos profs, pas de nos voiles », est-il écrit sur la pancarte d'une élève. Elle explique : « C'est un sujet qui me touche personnellement. Tout le monde est censé être libre de s'habiller comme il le souhaite, de porter un voile ou non. En Iran, elles sont forcées de le mettre et, ici, on est forcées de ne pas le mettre. On devrait juste être libres. »
On sèche pas, les profs sont avec nous
Plusieurs professeurs ont rejoint le rassemblement aux côtés des élèves.
Quentin, enseignant au collège de La Bâtie-Neuve et membre de Solidaires, dénonce notamment les conditions matérielles dans lesquelles travaillent élèves et enseignants : « On pourrait regarder le bâtiment derrière nous (Lycée Aristide Briand), qui date des années 60 ; c’est donc un gouffre énergétique, des conditions d'exercice pas idéales, des classes à 37, 38, 40 élèves. C'est difficile de suivre dans ces cas-là. »

Quelques minutes après, le cortège lancé, des élèves et leur professeur se retrouvent par hasard, sourires aux lèvres. Ils en profitent pour prendre une photo ensemble.
Delphine, enseignante, confie : « On n'en a pas parlé en classe pour, justement, ne pas les influencer, et là, de les retrouver en manif, ça montre que les jeunes réfléchissent par eux-mêmes et puis qu'ils comprennent les enjeux. »
Elle poursuit : « Ils ont compris que s'ils n'ont pas forcément de prof, c'est parce que nos revendications salariales ne sont pas entendues depuis des années. Difficile de recruter si personne n'est motivé. Par exemple, nous, dans notre lycée, il manque encore un prof d'espagnol. On a trois ou quatre classes qui n'ont pas de cours depuis la rentrée. Ils ont compris que tout est lié. »
Une convergence des luttes que soutient l'intersyndicale.
Des agriculteurs aux retraités, une mobilisation qui s'élargit
Le soutien au mouvement dépasse le seul corps enseignant. Plusieurs organisations syndicales ont rejoint le cortège. Des représentants de la Confédération paysanne ont notamment fait le déplacement.
« On soutient la société civile et les autres corps de métier parce que les coupes budgétaires, l'attaque des services publics, ça concerne tout le monde », explique Boris, agriculteur.
La CGT, Force ouvrière, Solidaires, FSU... Plusieurs organisations syndicales ont tenu à être présentes, pas seulement pour apporter leur soutien aux revendications des élèves. « On est aussi là pour faire, en quelque sorte, un cordon sanitaire. Quand on voit les violences qu'il y a eues dans certaines villes... Pour s'assurer que tout se passe bien aujourd'hui. On parle d'enfants, je ne comprends pas que ça ne choque pas l'ensemble des parents du pays », explique l'agriculteur.
Même son de cloche du côté de la CGT 05, qui a aidé à l'organisation de la mobilisation.
« Même si on est syndicalistes salariés, aujourd'hui, ce sont des futurs salariés, donc on ne peut pas les laisser comme ça. Et puis, ils défendent aussi les services publics qu'on défend. Pour moi, il y a de la convergence, donc c'est logique qu'on soit à leurs côtés », estime Julien Olivier Bouillé, secrétaire général de l'Union départementale CGT des Hautes-Alpes.
Au lendemain de la manifestation du 29 septembre, des lycéens sont entrés en contact avec la CGT pour organiser cette journée de mobilisation. « On les a aidés, enfin, on a appuyé sur le bouton de la photocopieuse, puisqu'on leur a imprimé des tracts, on leur a mis à disposition la sono et puis on fait le lien avec une forme de service d'ordre organisé par les organisations syndicales », raconte Julien Olivier Bouillé.
Le syndicat a également permis une rencontre, lundi 5 octobre, entre des lycéens et la députée des Hautes-Alpes Marie-José Allemand, pour lui présenter leurs revendications.
Grand-maman révoltée, engagée
Dans le cortège, si les adolescents sont présents en nombre, les générations se mélangent. Un peu plus loin, des lycéennes prennent en photo Évelyne, une retraitée venue avec sa pancarte :« Grand-maman révoltée, engagée, pour soutenir la jeunesse. »
« Ça part souvent des étudiants, des lycéens. C'est bien que la jeunesse se soit motivée, parce que les vieux, malheureusement, on ne bouge plus trop. J'ai des petits-enfants, je suis aussi là pour eux et quand je vois des enfants à terre, malmenés par les autorités, je trouve ça terrible », témoigne-t-elle.
La répression policière dans les esprits
Si, à Gap, le défilé s'est déroulé sans heurts, beaucoup ont en tête, dans le cortège, les violences qui ont eu lieu lors de précédentes mobilisations dans d'autres villes.
Des lycéens distribuent ainsi des tracts à leurs camarades pour rappeler leurs droits en cas d'interpellation.
Le message « AMIS » y est notamment mis en avant : A pour avocat, M pour médecin, I pour informer et S pour silence. Les jeunes rappellent qu'ils peuvent demander un avocat, un médecin, faire prévenir un proche et choisir de garder le silence.
Pour les lycéens mobilisés, la journée ne devrait pas rester sans suite. « Tout ce que je souhaite, c'est que le mouvement continue, qu'on prospère et qu'on nous écoute enfin », confie l'un des jeunes manifestants.