La Sécurité sociale de l'alimentation dans les Hautes-Alpes (1/4) : « C'est une forme de solidarité alimentaire »
Premier volet de notre série consacrée à la Sécurité sociale de l’alimentation. Dans le Buëch, le Champsaur, l’Embrunais et le Briançonnais, des collectifs ont émergé pour expérimenter ce système déjà testé ailleurs en France. Quels fonctionnement et modèle économique ? Réponse avec le collectif de l'Embrunais Serre-Ponçon pour une Sécurité sociale de l'alimentation.
La Sécurité sociale de l’alimentation est à l’alimentation ce qu’est la sécurité sociale à la santé. Partant du principe que l’alimentation est un droit universel, ces collectifs créent des caisses communes, abondées par des cotisants, solidaires les uns des autres pour garantir à chacun la possibilité de se nourrir dignement.
« C'est une forme de solidarité alimentaire »
« Le principe général c'est d'avoir un budget alimentaire qui est équivalent pour tous avec une cotisation qui est différente, car on a des revenus différents mais les mêmes besoins alimentaires », explique Philippe Burquier, membre du collectif pour une Sécurité Sociale de l'Alimentation dans l'Embrunais Serre-Ponçon. Ce qui veut dire que certains cotisent 150 euros, et d'autres 50 mais à la fin chacun a le même budget 100 euros [ndlr : les montants dépendent des règles fixées par chaque collectif]. C'est une forme de solidarité alimentaire. Les cotisants disposent d’un moyen de paiement – souvent une carte vitale alimentaire - avec lequel ils peuvent régler des achats auprès de certains commerces et producteurs qui ont conventionné avec leur collectif.
« Tout est à discuter »
À ce stade, celui de l’Embrunais Serre-Ponçon réfléchit encore à son modèle économique. En effet, chaque collectif définit ses propres règles. Et celles-ci doivent être mûrement réfléchies car le nombre de paramètres à prendre en compte est important. « Est-ce qu'il faut une durée minimum de cotisation pour chaque mangeur ? Est-ce que les gens s'engagent sur un montant, sachant qu'ils peuvent avoitr des variations de revenus ?Il faut arriver à trouver un système qui permette d'avoir un fond de roulement de trois à six mois pour rendre le système pérenne et pouvoir ajuster lorsqu'il y a des brusques changements de statuts des gens. » Premier casse-tête en perspective. Ensuite, la question du nombre de personnes composant les foyers, ainsi que de leur âge : les enfants comptent-ils pour le même montant que les adultes ? « Tout est à discuter et en même temps il faut se donner les bases de rendre les choses pérennes », récapitule Philippe Burquier.
Bien choisir ses magasins et producteurs conventionnés
Intuitivement, les collectifs peuvent être tentés de se tourner vers les magasins spécialisés dans la vente de produits issus d'une agriculture biologique et locale. D'ailleurs, en 2025, le fonds de dotation Biocoop soutenait dix expériementations de Sécurité sociale de l’alimentation, vue par l'enseigne comme un moyen de « transformer en profondeur notre système alimentaire ». Pourtant, certains retours d’expérience questionnent sur la pertinence de se tourner exclusivement vers des magasins spécialisés. Cela pourrait même s’avérer contreproductif pour toucher de nouvelles personnes et élargir le cercle des cotisants. « L'expérience de Montpellier a mis en évidence que des gens qui ne sont pas la clientèle habituelle de Biocoop se sentent un peu gênés lorsqu'ils vont dans ce s magasins pour prendre les produits qui vont avec leur carte. C'est aussi quelque chose une question à se poser et à discuter », souligne Philippe Burquier.
Pour rejoindre ou s’informer sur ces initiatives dans les Hautes-Alpes : adear05@orange.fr