À Gap, le gospel pour raconter l'histoire de l'esclavage
Le chœur de gospel gapençais Pourpre Noire organise ce week-end sa XVe Fête du Gospel. Pour célébrer les 15 ans de l'association, Pourpre Noire et l'Église protestante unie de Gap organisent une semaine autour de l'esclavage. Au programme : des conférences, des tables rondes, la projection d'un film et, bien sûr, du gospel.
Privé de son 10e anniversaire en raison du Covid, le chœur gapençais a vu les choses en grand pour cette édition 2026 de la Fête du Gospel. Patrick Marsauche confie : « On a décidé que, pour la XVe fête, on allait faire quelque chose d'extraordinaire. »
La semaine thématique sera lancée par le concert de la XVe Fête du Gospel. Dimanche soir, dès 18 h, le théâtre de La Passerelle vibrera au rythme du gospel.
Gospel et esclavage, une histoire forte
La première partie du concert sera assurée par les choristes de Pourpre Noire, avec des chants liés à l'histoire de l'esclavage.
Sophie Seydoux, membre de Pourpre Noire explique : « Six jours de souffrance, à être malmenés par leurs maîtres... Le septième, les maîtres les amenaient dans leurs lieux de culte et ils entendaient un message de délivrance. »
« C'est un chant de libération qui vient du corps et du cœur » ajoute Patrick.
Parmi les chants interprétés par les 40 choristes gapençais figure Glory Halleluyah. Patrick Marsauche explique que ce chant est associé à l'abolitionnisme et à la lutte contre le racisme et l'esclavage aux États-Unis et dans le monde.
Il évoque notamment James Brown, un planteur blanc qui vivait aux États-Unis et qui a décidé de prendre les armes contre les esclavagistes. Arrêté, il a été condamné à mort. Malgré une lettre de Victor Hugo avertissant des risques liés à son exécution, celle-ci a eu lieu. Deux ans plus tard, la guerre de Sécession commençait.
Didier Likeng et son répertoire à l'honneur
La deuxième partie du concert réunira 130 stagiaires venus de chorales de toute la France, guidés par Didier Likeng. Né au Cameroun, il se passionne très jeune pour la musique.
« Il chante dans une chorale d'église à 11 ans et commence à s'intéresser fortement à la musique. À 15 ans, il devient chef de chœur d'une chorale et chef de l'orchestre de son lycée. Il part en Belgique pour faire des études d'ingénieur, puis décide de devenir artiste. Il puise la source de ses créations musicales dans le vécu de sa famille et dans ses nombreuses rencontres », explique Sophie.
Un chœur éphémère a commencé ses répétitions ce vendredi 9 octobre avec Didier Likeng, pour préparer le spectacle de dimanche soir.
« Pendant deux jours d'atelier, on apprend des chants, une partie en anglais, une autre en bassa, la langue qu'il a apprise au Cameroun. Très rapidement, on passe de la douleur, de la tristesse à la joie, en se disant qu'on va être libéré. C'est l'un des messages clés du gospel. »
La billetterie est ouverte. Les places sont à 15 euros. Elles sont disponibles à l'office de tourisme Terres de Gap, à la boutique Échangeons le monde ou directement au théâtre le soir du concert.
Une semaine pour parler de l'esclavage d'hier et d'aujourd'hui
« Une telle semaine, ça doit être une première en France », glisse Patrick Marsauche. Tout au long de la semaine, différents rendez-vous permettront de se questionner sur l'esclavage d'hier et d'aujourd'hui, à l'internationale comme en France.
La médiathèque de Gap accueillera une exposition sur l'esclavage dans le monde. Lundi, deux conférences seront proposées au public : Didier Likeng présentera les racines du gospel, tandis que Cyrille Martial, chef de chœur de Pourpre Noire, présentera deux figures de l'esclavage. Mardi soir, une projection du film Furcy, né libre est organisée au cinéma Le Club.
« Tout au long de cette semaine, on va revenir sur l'esclavage dans le passé, mais on va aussi se poser en permanence la question : et aujourd'hui, qu'est-ce qu'on appelle l'esclavage ? »
Les deux pasteurs de l'Église protestante unie de Gap participeront également à l'événement. « Du fait de l'histoire du gospel, de ce lien entre l'esclavage et la religion, on a demandé à l'Église protestante unie si elle était intéressée pour être partenaire », expliquent les membres du chœur.
Sophie Seydoux revient sur le rôle de la religion dans l'histoire du gospel : « Il faut imaginer les esclaves dans leurs champs de coton. Il en meurt je ne sais combien et, le dimanche, les maîtres qui les fouettent toute la semaine les emmènent dans leurs lieux de culte. Là, ils entendent un message de libération. Ils sont soumis six jours au fouet et le septième, c'est la libération. C'est ce qui a fait qu'ils se sont emparés de ces chants, qu'ils les ont récupérés avec toute leur culture à eux et qu'ils en ont fait des chants de travail. C'est l'une des premières choses qu'ils ont faites collectivement pour s'en sortir. »
Samedi, un atelier sera proposé aux jeunes autour de deux figures qui se sont élevées contre le racisme et l'esclavage. Pourpre Noire proposera également l'après-midi des ateliers autour des work songs, ces chants conçus pour rythmer le travail des esclaves. « C'était tellement épuisant qu'il était difficile de continuer. En chantant, ça permettait de tenir le coup. »
Retrouvez toute la programmation de la semaine « Esclavage, Liberté, Gospel » sur le site internet pourprenoire.com. Les conférences et les ateliers sont au chapeau.
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